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dimanche, octobre 11, 2015

Être et devenir

Le dimanche matin, au Studio Saint-André des Arts (mais aussi dans de nombreuses villes françaises), vous pouvez assister à la projection d'un film intitulé Être et devenir, consacré à ces familles qui choisissent d'élever elles-mêmes leurs enfants dans le respects de leurs rythmes, de leurs passions et de leurs propres talents.

C'est un film à voir et à partager. Plus précis, plus profond et plus nuancé, d'ailleurs, que ne le montre la bande-annonce.

La première fois que j'ai entendu parler de "homeschooling", c'était par un inspecteur de l'Education nationale qui me parlait de communautés dans des vallées pyrénéennes. Je pensait que le phénomène ne concernait que quelques communautés de soixante-huitards et quelques autres groupes de réactionnaires forcenés et un poil sectaires.

Il y a peut-être des asociaux qui choisissent cette voie, c'est probable. Mais ce ne sont pas ceux-là qu'a rencontrés Clara Bellar. Son film, au contraire, nous entraîne dans un monde d'adultes responsables, qui s'interrogent, s"inquiètent, échangent, expérimentent, dialoguent, apprennent et qui, finalement, osent inventer quelque chose d'essentiel.

Ce n'est pas à proprement parler une méthode que nous découvrons, mais plutôt une attitude, un parti pris. Les enfants aiment apprendre, ils savent apprendre, à bien y regarder ils apprennent tout le temps. Puis ils arrivent à l'école où l'on commence à les contraindre à apprendre, et où, bien trop souvent, cette disposition spontanée devient une contrainte. Mais que se passe-t-il si on prend cette capacité d'apprendre au sérieux et si on décide de pousser ces enfants dans leur propre logique, leur propre dynamique ? Si on les pousse à ressentir leur propre logique, à la prendre au sérieux et à la pousser au bout ?

 


mercredi, novembre 16, 2011

Eduquer après la Révolution numérique

J'étais invité aujourd'hui à intervenir au Séminaire Sankoré "Faire la classe à l'heure du numérique", deux journées passionnantes d'échanges et de débats sur les transformations éducatives.

Après de  table ronde, intitulée "l'innovation technologique au service de l'éducation" était visiblement pensée comme celle des représentants de la technologie et des éditeurs, et l'on m'avait demandé de parler de l'éducation à l'heure de la troisième Révolution industrielle.


Pour moi, la question de l'impact de la Révolution numérique sur l'éducation doit être pensée à partir de trois convictions.


1- Nous vivons aujourd'hui une nouvelle Révolution industrielle. C'est une transformation technique, économique et sociale globale, qui, comme la première Révolution industrielle, modifie en même temps l'économie, l'urbanisme, les rapports sociaux, etc.
Comme mes amis Bernard Stiegler ou Yann Moulier Boutang, je pense que la révolution en cours nous plonge dans un tout nouveau régime de la production et de l'échange économique.
Pour faire court, à un premier capitalisme centré sur la production (celui de l'école de Ferry), privilégiant l'ingénieur, la propriété intellectuelle, la captation de la force physique des ouvriers, a succédé un second capitalisme articulé autour de la production de masse, la communication de masse et la consommation de masse, privilégiant le marketing et tentant de capter le désir des consommateurs. Nous sortons aujourd'hui péniblement de cette ère pour entrer dans un monde hyper-instruit, hyper-connecté et hyper-outillé, essayant de capter la créativité des consommateurs, et privilégiant donc le design des systèmes et des interfaces.


2- Les systèmes éducatifs ne font pas seulement de la pédagogie. Ce sont des projets politiques, qui, en même temps qu'ils transmettent du savoir, créent aussi de la mémoire, de l'ordre social et de la sélection acceptable, qui s'articulent avec les autres systèmes de transmission (la famille, l'entreprise, la société), et qui répondent aux besoins exprimés par la société. Ce sont aussi des systèmes techniques qui utilisent les technologies de leur époque, ainsi que les techniques d'organisation disponibles.
En 1833, par exemple, la loi Guizot fait obligation aux communes de plus de 500 habitants d'entretenir une école primaire de garçons, qui crée les écoles normales d'instituteur, et normalise « l'instruction morale et religieuse, la lecture, l'écriture, les éléments de la langue française et du calcul, le système légal des poids et mesures. » Elle est contemporaine des développements de l'édition (Louis Hachette, ancien élève de Guizot à l'Ecole normale supérieure, a créé sa librairie-éditeur en 1826) qui ont a la fois bénéficié du développement de l'enseignement de l'orthographe, et permis cette uniformisation de l'écriture dans tout le pays. Elle est également contemporaine de techniques d'organisation napoléoniennes.
Les différentes lois Ferry, entre 1879 et 1883, entraînent une massification de l'éducation et des choix d'organisation - nous pourrions presque dire d'industrialisation - qui ne peuvent être compris sans le contexte de la massification et de la taylorisation du travail dans l'usine.
On ne peut donc pas penser un projet d'éducation de masse sans se demander aussi ce qu'il produit à l'échelle de la société, et à quelles logiques d'organisation et d'instrumentation il répond.
La séquence qui va de la réforme Haby à la décision de conduire 80% d'une classe d'âge au baccalauréat (en fait, nous sommes un peu au dessus de 70 %) couronne spectaculairement une société de consommation et de communication de masse.

3- Il est donc évident qu'à organisation constante, et sans repenser les objectifs (sociaux) et les méthodes du système éducatif, le numérique apporte peu. Je l'ai exprimé assez souvent depuis plusieurs années. Une rafale de nouveaux articles, et les premières évaluations après équipements massifs l'ont confirmé récemment. Un très bon papier d'Internet Actu a fait le point récemment sur ce -relatif - désenchantement. Je vous le conseille. Un autre indice, peut-être plus étonnant encore, est fourni par l'exemple des Waldorf Schools, prestigieuses écoles privées américaines, onéreuses (17.000 dollars par an au primaire, 25.000 dollars par an au Lycée), couronnées de succès, et qui déploient une stratégie extrêmement conservatrice, privilégiant les activités physiques et l'apprentissage Hands On, et bannissant les écrans. Les cadres de la Silicon Valley se précipitent pour y inscrire leurs enfants.
J'ai eu le plaisir de rencontrer, il y a peu de temps le professeur Yitzhak Brick, du Technion Institute. Il nous a raconté combien il avait interloqué une enseignante en lui disant que tout ce qu'il attendait d'elle, c'était qu'elle apprenne à ses filles à se demander pourquoi les deux faces des feuilles des arbres étaient différentes. Son raisonnement était pourtant simple : tout ce que l'on peut vouloir comprendre est aujourd'hui accessible sur Internet. La chose la plus essentielle est d'apprendre à se poser des questions. Des questions joyeuses, insolentes, perspicaces, et porteuses de découvertes. Il avait raison. Voilà le genre de défis que nous devons relever.

Au nom de ces trois constats, nous pouvons donc nous poser brièvement deux questions :
- quelles sont les caractéristiques du nouveau monde industriel dans lequel nous sommes entrés ?
- comment ces caractéristiques nous permettent-elles de repenser une stratégie d'éducation de masse ?
(...)

vendredi, octobre 01, 2010

La leçon de Georges Charpak

La mort de Georges Charpak, mercredi dernier, suscite de nombreux hommages mérités : par sa vie et ses engagements, il fit honneur à la France et à son rapport si particulier à l'Universel.

J'ai eu la chance de collaborer pendant presque dix ans, à la dernière grande cause de sa vie, l'aventure de La Main à la pâte. Et cette expérience me laissera bien plus que des souvenirs : une sorte de tension vibrante qui m'accompagnera, je crois, toujours.

La vie de Georges Charpak est un roman : jeune émigré Polonais (sa ville natale est aujourd'hui en Ukraine), arrivé en France à 7 ans, accueilli par l'école de la République, militant communiste, Résistant, arrêté, évadé de Dachau, chercheur, prix Nobel de physique, inventeur, entrepreneur, écrivain, et militant d'une éducation renouvelée. Il allait de combat en combat avec la même intelligence et le même humour.

Je n'ai quasiment jamais parlé avec lui de ce fabuleux passé : nous parlions pédagogie, et nous parlions de ce projet qui nécessita tant de finesse et de talent de sa part. Mais toutes ses expériences antérieures étaient mobilisées dans ce qui fut sans doute le plus beau combat de sa vie : la très vaste diffusion d'une nouvelle manière d'éduquer, grâce aux sciences. En le voyant fonctionner, j'ai vu un grand savant, un séducteur, un fin manoeuvrier, un politique accompli... au service d'une cause.
Une cause pleine de succès : quand il commença, moins de 3,5 % des instituteurs enseignaient les sciences à l'école primaire. Il semble que près de 25 % s'y soient employés à l'issue de ces dix ans de combat. Je ne sais pas où nous en sommes aujourd'hui.


mardi, juin 01, 2010

Comment aborder l'éducation dans le Grand emprunt ?

A la suite des Assises nationales de l'éducation et de la formation numérique, et en préparation du Grand emprunt, Cap Digital travaille actuellement en profondeur à un ensemble de propositions concernant l'éducation numérique sous tous ses aspects : formation professionnelle, enseignement primaire, enseignement supérieur, éducation informelle...

Pourquoi avoir rassemblé ces quatre composantes ? Parce que nous avons la conviction que là est la clé d'un véritable changement, et la raison du relatif échec des efforts antérieurs.

Tous les exemples passés ont montré l'insuffisance des plans sectoriels. Il faut construire une dynamique complète. L'éducation numérique, aujourd'hui, c'est à la fois :
- un levier de diffusion de la culture 
- une exigence de qualité de formation pour la jeunesse ;
- un besoin pour la compétitivité des entreprises ;
- un secteur industriel pointu capable de devenir puissant à l'international ;
- des thématiques de recherche fondamentales et un potentiel d'innovation considérable, qui nécessitera l'engagement de la jeune génération ;
- un levier de réforme du système éducatif.

jeudi, avril 29, 2010

L'intégrale de la Conférence de Sugata Mitra aux Assises de l'éducation et de la formation numériques

J'ai déjà évoqué dans ce blog l'intervention remarquée du professeur Sugata Mitra aux Assises nationales de l'éducation et de la formation numériques. Je vous avais alors présenté sa célèbre conférence TED.

J'ai le plaisir aujourd'hui de vous présenter l'intégrale de la conférence de Sugata Mitra à Cap digital : Teach yourself……anything : the future of learning. Pour les passionnés, vous verrez que, dans ce format plus long, et trois ans après la version précédente, Sugata Mitra est allé beaucoup plus loin et beaucoup plus dans le détail que dans ses interventions précédentes.

mercredi, avril 28, 2010

Serge Tisseron à Cap Digital : éduquer les enfants de la double culture

Serge Tisseron m'a aimablement autorisé à diffuser les transparents qu'il a utilisés au cours des Assises de l'éducation et de la formation numérique.

Ce fut une intervention très dense, qui, malheureusement, n'a pas été filmée. Partant du constat qu'il existe deux cultures, celle du livre et celle de l'écran, et que les enfants sont désormais biculturels, Serge Tisseron a réinterrogé devant nous les problèmes de motivation, d'apprentissage, d'interactions structurantes, de compulsion et finalement de désir et de savoir.

mardi, avril 27, 2010

Education et numérique : chronique d'une révolution en cours

Cap Digital vient de mettre en ligne la conférence de Marc Giget aux Assises nationales de l'éducation et de la formation numériques.
C'est bien une révolution en cours qui nous a été présentée en moins d'une heure. Un monde assoiffé de savoir et d'avenir, un monde rivalisant d'audace et d'ingéniosité, s'emparant de toutes les technologies disponibles pour transmettre le savoir au plus grand nombre.

Je suis très heureux de partager ce moment avec vous.

Assises de l'Education 2010 : la révolution numérique
envoyé par Cap_Digital. - Vidéos des dernières découvertes scientifiques.

vendredi, avril 16, 2010

Qu'est-ce que les enfants peuvent apprendre seuls ?

Au cours de cette première journée des Assises nationales de l'éducation et de la formation numériques, Cap Digital avait invité, parmi les keynote speakers, M. Sugata Mitra.

Sugata Mitra a connu une célébrité mondiale lorsqu'on a appris que son travail était directement à l'origine du roman de Vikas Swarup qui allait donner lieu au film Smulldog Millionnaire. Je vous conseille son site, il est exceptionnel.

Mais c'est surtout un professeur Indien qui a développé un programme extraordinaire d'apprentissage dans les bidonvilles Indiens, puis progressivement dans des écoles plus élitistes, y compris en Angleterre, avec des résultats exceptionnels. Et par ailleurs durables, mesurables et documentés.

mardi, avril 13, 2010

Les Assises nationales de l’éducation et de la formation numériques


Jeudi et vendredi prochains, Cap Digital organise les premières Assises nationales de l'éducation et de la formation numérique.
Je suis vraiment fier et heureux de cette initiative née dans la communauté Education et formation, mais qui a rapidement mobilisé une bonne part de notre équipe et de la gouvernance du pôle.

La transformation numérique, qui est en fait un changement profond de civilisation, traverse les pratiques d'éducation comme elle traverse l'ensemble de la société : innombrables expérimentations au sein des pratiques d'éducation scolaire et parascolaire, changement de fond de l'enseignement universitaire qui se prépare à une prochaine compétition mondiale acharnée, innovation permanente et fascinante des pratiques d'éducation informelle, et croissance rapide des usages et des marchés de la e-formation professionnelle.
Mais, contrairement à d'autres secteurs des activités humaines, ces innovations nombreuses peinent à dessiner un grand dessein.

vendredi, avril 02, 2010

Ce que la télévision fait au cerveau

L'information date un peu. De 5 ans, même. Mais je l'avais ratée à l'époque.

Ca fait pourtant longtemps qu'on entend toutes sortes d'hypothèses sur l'influence éventuelle de la télévision sur les enfants. Jusqu'ici, je n'avait rien vu de bien probant. Jusqu'à la semaine dernière, ou Thierry Gaudin, le fondateur de Prospective 2100, m'a présenté les résultats suivants, issus d'une étude allemande réalisée sur des enfants de 5 à 6 ans.

Cette étude, qui avait été évoquée par Courrier International, a été réalisée par un pédiatre Allemand sur 1900 enfants de 5 à 6 ans, à qui a été demandé de dessiner un personnage.

Les résultats sont plus que spectaculaires.

mardi, février 16, 2010

Le rapport Fourgous peut-il sauver l'école ?

Jean-Michel Fourgous a remis ce matin son rapport sur l'école numérique (téléchargeable ici).

Honnêtement, c'est un travail considérable, qui pose des éléments de diagnostic complets, documentés, chiffrés et sourcés (ce qui est quand même rare !) et propose des pistes nombreuses et pour certaines extrêmement prometteuses.
Il détaille en particulier le potentiel du numérique en abordant les cas particuliers disciplinaires et en n'oubliant pas les questions d'intégration, d'autonomie, de construction de soi.
Il propose un ensemble de mesures (70) en n'oubliant ni l'infrastructures, ni la gouvernance, ni même de mentionner le besoin d'ouverture et de créativité et ne craint pas d'aborder certaines questions liées au droit d'auteur ou à la fiscalité.

Il y a donc un énorme travail et de bonnes pistes.

Je n'en n'ai pas moins le sentiment que l'on risque quand même de passer à côté de l'essentiel.

mardi, décembre 29, 2009

Education nationale : pas de numérique sans nouvelle donne

Je voudrais poursuivre la réflexion engagée l’autre jour sur les évolutions de l’éducation à la faveur des nouvelles opportunités offertes par le numérique et vous proposer de partager un cadre de lecture.
Comme je le disais dans mon précédent billet, je crois qu’on ne comprend pas grand chose à la question éducative si on ne remonte pas aux choix sociaux globaux et à l'organisation macro du système.


vendredi, décembre 18, 2009

Education et numérique : une nouvelle alliance est-elle possible ?

L'informatique éducative est quasiment née avec l'informatique. Cela fait au moins 45 ans qu'existe une association internationale. Et cela fait au moins 25 ans qu'en France, des éditeurs précurseurs se mobilisent pour promouvoir ce levier de la réforme des pratiques d'éducation. Et pourtant...

Pourtant, malgré quelques très beaux succès, il est patent que les pratiques d'éducation n'ont pas tellement changé en France (ou dans le monde occidental). Un professeur de 1913 qui arriverait dans une classe d'aujourd'hui serait peut-être déconcerté un instant par les tenues des élèves et le tableau blanc interactif, mais il ne tarderait pas à retrouver ses repères. Le groupe classe, le programme officiel, la posture magistrale et solitaire, l'examen de sortie lui seraient bien familiers.

mercredi, décembre 02, 2009

100 millions de nouveaux étudiants en 15 ans

J'étais invité à intervenir à un intéressant colloque organisé par le Club Réforme et Modernité, d'Hervé Mariton, ce soir, à l'Assemblée nationale.




L'un des intervenants, Pierre Tapie, directeur de l'Essec, a présenté les chiffres suivants :
- il y avait 100 millions d'étudiants dans le monde en 2000
- il y en aura 200 millions en 2015.
- sur les 100 millions de nouveaux étudiants, il y aura 70 millions d'asiatiques dont 55 millions de Chinois et d'Indiens. L'Inde et la Chine construisent deux universités de 20 000 étudiants chacune chaque semaine.

La France fait 1 % de la population mondiale. Elle a environ 270 000 étudiants étrangers. Si elle veut augmenter son nombre d'étudiants à proportion de 0,3 % de l'augmentation du nombre d'étudiants mondiaux, il lui faudrait accueillir 300 000 étudiants étrangers supplémentaires.

Beaucoup d'autres interventions intéressantes mériteraient un billet : Antoine Frérot, directeur exécutif de Véolia environnement, Arnold Migus, directeur général du CNRS (qui a cité une brochette de Prix Nobel qui avaient engagé leurs recherches en désobéissant à leur hiérarchie). Gilles Carrez, rapporteur général de la commission des Finances à l'Assemblée nationale a expliqué son inquiétude devant l'accroissement de la dette publique en rappelant ce chiffre : les dépenses d'investissement représentaient 20 % du budget de l'Etat en 1980, elles sont de 5 % aujourd'hui : la dette, c'est aussi le renoncement à d'autres dépenses. Il se mobilisera donc pour que le Grand emprunt n'alourdisse pas la dette publique et soutiendra des dépenses d'investissement à retour rapide et chiffrable (et donc le financements d'actifs au bilan de l'Etat), ce qui en revanche n'est pas une très bonne nouvelle pour les dépenses de recherche et d'innovation.

jeudi, novembre 30, 2006

Ecole : demandez le programme !


Philippe Meirieu verse au débat présidentiel, un livre audacieux et précis qui repose sur les nombreuses contributions aux débats du Café pédagogique (http://inter.cafe-leblog.net et http://www.cafepedagogique.fr) et au site personnel de Meirieu (http://www.meirieu.com). Les textes sont illustrés de nombreux extraits des contributions à ces débats. Riches de propositions précises, à défaut d’êtres toutes innovantes, il représente un antidote stimulant aux excès et aux approximations que ne manquera pas de susciter la période électorale.

Des pistes nombreuses et fécondes

Ce livre refuse l’ « évidence » selon laquelle la société va mal, du fait de l’école, et notamment des pédagogues qui en ont aboli les valeurs. En 1950, la moitié des adolescents de 16 ans étaient au travail. Aujourd’hui 97,3 % sont scolarisés. Si le niveau des classes a baissé, c’est parce que le niveau général monte et parce que notre exigence s’est élevée. Cette ambition est aujourd’hui jugée utopique et dangereuse : les "masses", "non éducables", n’auraient pas besoin de ce bagage… Meirieu nous propose au contraire d’amplifier l’effort. Il faut ressaisir cette ambition et la prendre au sérieux : garantir la maîtrise de la langue, définir et enseigner ce que « nul ne peut ignorer », refuser l’orientation par l’échec dans les voies professionnelles, combattre l’incivilité et la violence...

Philippe Meirieu propose différentes pistes pour bâtir une « école fondamentale » pour tous les élèves de trois à seize ans et supprimer l’actuel « déficit d’unité républicaine ».

Il faut restaurer les piliers de l’école laïque, gratuite et obligatoire. La laïcité face à «  toutes les formes d’emprise sur les esprits (…) le prosélytisme fondamentaliste, la pression des marques commerciales ou la normativité des modèles hollywoodiens ». La gratuité quand « le coût des fournitures excède très largement le montant de l’indemnité versée aux plus modestes ». Enfin, face au homescooling, rendre à nouveau l’école attractive pour ne pas avoir besoin de la rendre obligatoire.

Il rappelle que les exclus du système éducatif ne le sont pas parce qu’ils ne comprennent pas, mais parce qu’ils ne comprennent pas pourquoi il faut apprendre. C’est à cela que l’institution, confrontée aujourd’hui à une quantité et à une diversité d’élèves jamais atteintes, doit répondre. Et pour cela, elle doit utiliser, notamment, la pédagogie du détour et la pédagogie par projets.