lundi, septembre 01, 2014

Open data and democracy

This post is the translation of my blogpost "L'open data est-il soluble dans la big society ?" by André Confiado of Five by Five

An article entitled "Is open data a political illusion ?" appeared beginning of July on the journal MyScienceWork, then reprinted in La gazette des Communes, and then by Rue89.

This interview by Evelyne Ruppert, a British sociologist and notably the writer of the blog Big data and society, is inspired by her work on transparency in Britain which she appears to know well, but adapter to the French approach, of which she appears to know a little less.

Evelyne Ruppert formulates an analysis which can be summarized as:
absolute transparency is an illusion, since governments always choose what they want to communicate, and never share the most important information ;
- transparency does not build confidence, but rather mistrust, since it can never be complete ;
- the steps for transparent limits citizens to data that we’d like to transmet to them ;
- Open Data promises a more direct rapport with power, but in fact creates a new technocracy, that of those that can understand data ;
- thus, close attention has to be paid to documenting the data itself (who created it, when, why, etc.) in order to allow citizens to criticize the data that is given to them.

Double mistrust

A number of friends ask me what I think of this paper. It’s embarrassing: I more or less agree with everything that it says, but I don't  really concerned.

Fundamentally, I think Evelyne Ruppert reasons from an implicit idea that I would qualify as a "model of double mistrust."

Her implicit reading of the Open Data movement is the following: as a response to the increasing mistrust of citizens, governments decided to release certain information allowing citizens to control them better, hoping to restore this confidence.

I do not know if this reasoning exists elsewhere. One feels that this is related to the British context where open data is hard to separate from the Big Society project. However, what I know is that this is not the context of the French government, and that it is not the spirit in which Etalab works.

In France, the opening and sharing of public data is not seen as an end by itself, but rather levers that can serve three objectives:
- a more complete democracy;
- innovation and growth;
- and a more efficient public action.

lundi, août 11, 2014

L'open data est-il soluble dans la "big society" ?


Début juillet paraissait dans la revue MyScienceWork un article, repris ensuite par La gazette des Communes, puis par Rue89 / Nouvel Observateur, intitulé “L’Open data est-il un leurre politique ?”.

Cette interview d’Evelyne Ruppert, une sociologue britannique, notamment à l’origine du blog “Big data et society”, s'inspire de ses travaux sur la transparence britannique, qu’elle semble bien connaître, mais porte sur la démarche française, qu’elle semble moins connaître. Evelyne Ruppert y développe une analyse que l’on pourrait résumer comme suit :
- la transparence absolue est un leurre, car les gouvernements choisissent toujours ce qu’ils communiquent, et ne partagent jamais les informations les plus importantes ;
- la transparence, parce qu’elle ne peut jamais être complète, ne crée pas la confiance mais au contraire la défiance ;
- la démarche de transparence enferme les citoyens dans les données qu’on veut bien leur transmettre ;
- l'open data promet un rapport plus direct au pouvoir, mais crée en fait une nouvelle technocratie, celle de ceux qui maîtrisent les données ;
- il faudrait donc porter la plus extrême attention à documenter les données elles-mêmes (qui les a produites, quand, pourquoi, etc.), afin de permettre l'exercice par les citoyens d'une critique des données qui leurs sont transmises.

De nombreux amis me demandent ce que je pense ce ce papier. C'est embarassant : je suis à peu près d’accord avec tout ce qui s’y dit, sans me sentir pour autant réellement concerné.

Au fond, je crois qu'Evelyne Ruppert raisonne à partir d’un implicite que je qualifierais de “modèle de la double défiance”. Sa lecture implicite du mouvement open data est la suivante : en réponse à la défiance croissante des citoyens, les gouvernements se résoudraient à lâcher certaines informations permettant aux citoyens de mieux les contrôler, dans l’espoir de restaurer cette confiance. 

Je ne sais si ce raisonnement existe quelque part. On sent bien qu'il est lié à un contexte britannique où l'open data est difficilement séparable du projet de Big Society. Mais ce que je sais, c’est que ce n’est pas celui du gouvernement français, et que ce n’est pas l’esprit dans lequel travaille la mission Etalab. En France, l’ouverture et le partage des données publiques ne sont pas vues comme des fins en soi, mais comme des leviers qui peuvent être mis au service de trois objectifs : une démocratie plus aboutie, l’innovation et la croissance, et une meilleure efficacité de l’action publique.


dimanche, juillet 06, 2014

Le numérique dévorera-t-il le luxe ?



Alice, Nicolas et Oussama m'ont invité à parler ce mercredi à "Hackers on the Runway", la grande rencontre organisée par TheFamily autour de la disruption digitale de l'industrie du luxe.

Et ils m'ont demandé de parler de big data.

Evidemment, c'etait paradoxal. Le numérique dévore le monde, c'est entendu. Mais il l'attaque plutôt par la technologie, l'algorithme, la personnalisation ou la massification.

Le luxe, on pourrait penser que ça va être autre chose. Enfin si, comme moi, on entend par luxe le geste glamour, élitiste, précieux et inaccessible. C'est vrai qu'on a un peu de mal à l'associer au  numérique. J'y pensais d'ailleurs l'autre jour, traversant l'une de ces villes du sud de la France où 80 % des femmes sont blondes, couvertes de bijoux, et où les nouveaux riches aiment des costumes, des voitures et des restaurants auxquels je ne songerais même pas. Je me disais justement que leurs smartphones, en revanche, sont ceux que nous voyons tous les jours dans le métro. Et je me demandais si le numérique ferait naître une nouvelle Distinction ou s'il nous promettait désormais la même perfection à portée de tous ?

Au fond, le luxe doit assumer une position paradoxale par rapport à la modernité. Il vise l'intemporel, l'éternel, il enjambe son temps. Comme le dandy de Dolto : "C'est au coeur même de Dieu qu'il doit atteindre, flèche de désir, c'est au coeur de Dieu qu'il doit ficher son cri".

Et en même temps, il est totalement de son temps, parce qu'il en convoque toutes les technologies, parce qu'il en épouse les aspirations les plus secrètes, parce qu'il lui propose de nouvelles formes de "distinction" au sens de Bourdieu, parce qu'il couronne une économie, dont il dépend. Mais aussi parce qu'il inquiète son temps qui ne cesse de tenter de le contrôler, comme le montre la longue histoire de édits somptuaires et de leurs tentatives, au fil des siècles, sur tout les continents, pour l'organiser et le limiter. Et surtout parce que le luxe, quoi qu'on en pense, a toujours une dimension politique.




jeudi, juin 26, 2014

L'Etat peut-il être un innovateur radical ?

La simplification, la modernisation et l'efficacité de l'Etat intéressent de plus en plus de monde, et sont désormais portées au plus haut niveau de l'Etat. C'est une bonne chose. La question de ce ce que doit être la puissance publique du XXIe Siècle, et de savoir comment elle doit s'organiser, est sans doute l'une des plus importantes questions politiques du moment.

Comme les autres révolutions industrielles, la révolution numérique appelle une révolution politique, qui n'est pas jouée, mais qui redéfinira à terme le rôle, les missions et les stratégies de l'Etat. Edwy Plenel a magnifiquement parlé de cette question au cours de l'installation de la Commission de réflexion et de propositions sur le droit et les libertés à l’âge numérique. Regardez la vidéo si vous en avez le temps...

Dans cette révolution politique, la stratégie digitale de l'Etat joue un rôle fondamental. C'est elle qui peut permettre à l'Etat de s'approprier les gains de productivité et d'efficacité apportés par le numérique. C'est elle peut lui permettre d'atteindre la créativité, la puissance d'innovation et la réactivité des "disrupteurs numériques". C'est elle qui peut lui permettre de s'harmoniser avec une société d'innovation permanente, et donc d'en accompagner intelligemment la transformation économique et sociale. C'est elle qui peut fonder la puissance et la souveraineté nécessaires à la préservation de l'intérêt général, dans un monde où les pouvoirs se redistribuent rapidement, entre Etats, sociétés civiles et nouveaux acteurs économiques. C'est elle, enfin, qui peut nous permettre de répondre aux nouveaux défis de la modernité : la crise démocratique, la crise économique et industrielle, le besoin de garantir des nouvelles libertés et d'accompagner de nouvelles solidarités.

mardi, avril 22, 2014

Conférence de Paris sur l'open data et l'open gov : c'est maintenant



Cette semaine, à Paris, la mission Etalab et le Conseil national du numérique organisent la Conférence de Paris sur l'Open data et le gouvernement ouvert. Le programme détaillé est accessible sur le blog d'Etalab, et sur le site www.laconferencedeparis.fr.

Nous avons travaillé cette rencontre pour en faire un moment important dans la jeune histoire du mouvement français de l'open data et du gouvernement ouvert.

Un moment important, d'abord, parce que seront rassemblés, sur deux jours, et sur trois sites, des ministres, des hauts fonctionnaires, des magistrats, des savants, des entrepreneurs, des associations et des citoyens engagés, des représentants et acteurs de l'open data venant, pour certains de fort loin  (Mexique, Etats-Unis, Tunisie, Angleterre, Irlande), qui vont échanger, partager, et s'enrichir mutuellement autour de toutes les transformations qu'apportent la révolution de la donnée, la modernisation de l'action publique, les nouvelles stratégies d'action collective à l'âge de la multitude... Parce que nous parlerons aussi bien de la transparence des institutions que des nouveaux pouvoirs de la société civile ou des usages des big data.

Un moment important parce que la France va commencer à mêler sa voix à la conversation mondiale sur les nouvelles pratiques de gouvernement et que l'on va voir que notre propre tradition existe, qu'elle a son histoire, avec ses succès et ses reculs, et qu'elle mérite l'intérêt de nos partenaires internationaux autant que nous nous passionnons pour les leurs.

Un moment important, peut-être, pour certaines des annonces qui y seront faites.

Un moment important, nous l'espérons, grâce aux interventions de grands responsables publics, de figures mondiales de l'open data et des datasciences, comme Michaël Flowers, ou Gavin Starcks, Rufus Pollock... Grâce aux "datastories" qui montreront la valeur insoupçonnable que prennent aujourd'hui ces données, mais aussi créativité et la vitalité de nos écosystèmes. Grâce à la demi-journée d'ateliers de de tables rondes, très ouverte, du 25 avril, nous allons pouvoir travailler collégialement (plus de 350 inscrits ce soir) des aspects centraux du futur de nos politques de la donnée.

Mais un moment important, surtout, parce que pour la première fois en France, nous allons essayer, tous ensemble, de poser la question de la circulation des données publiques, de ce qui se passe quand on travaille à la fluidité, à la maniabilité, au partage de ces données, au point où elle doit se poser : celui d'une transformation globale des rapports économiques, politiques et sociaux.