lundi, février 10, 2014

L'open data, c'est (aussi) de l'efficacité stratégique

La dimension démocratique de l'open data, ainsi que son potentiel d'innovation économique et sociale me semble désormais bien compris de tous.

Mais on parle moins son potentiel de transformation des institutions elles-mêmes, à l'heure où la simplification, la modernisation de l'action publique et la maîtrise de la dépenses deviennent essentiels. C'est pourtant l'un des objectifs importants de cette démarche.

L'open data, on le sait, consiste, pour le gouvernement, à partager les données produites ou détenues par les administrations ou les établissements publics à l'occasion de leur mission de service public, gratuitement, dans des formats ouverts, et en autorisant toutes les réutilisations.

Cet engagement est une liberté fondamentale qui n'est limitée que par le secret des délibérations du gouvernement, la protection de la vie privée, la sécurité nationale, et quelques autres secrets légaux (comme le secret fiscal, par exemple).  Malgré ces différents secrets, l'Etat dispose de vastes réserves de savoir disponible, qui ne demandent qu'à être partagées. L'open data ne vise pas seulement à rendre des comptes (même si c'est l'une des dimensions importantes de cette politique), mais aussi à libérer tout le potentiel possible des données utilisées par l'Etat. D'où, par exemple, l'importance des formats ouverts. Il s'agit de rendre les données les plus disponibles possibles, les plus vivantes possibles, les plus appropriables possibles, d'en susciter le plus de réutilisations possibles et de les partager avec le plus grand nombre.

Pourquoi ? A cette question, Gavin Stark, le directeur de l'ODI, répondait ainsi :
Au début des années 90, bien des gens se demandaient "pourquoi avoir un site Internet ?". aujourd'hui ils se demandent "pourquoi je devrais faire de l'open data ?". les réponses à cette question sont tout aussi difficiles à énumérer, et ne sont pas moins profondes. 

mercredi, janvier 29, 2014

Le nouveau data.gouv.fr : innover à l'âge de la multitude


Vous avez sans doute repéré la nouvelle version du portail www.data.gouv.fr, inaugurée le 18 décembre dernier par le Premier ministre, accompagné de Mme Marylise Lebranchu et de Mme Fleur Pellerin.

C'est un portail qui présente une nouvelle approche de l'open data, en associant très largement les citoyens (particuliers, chercheurs, étudiants, entreprises) à la mise en valeur des données (notamment par les réutilisations qu'ils peuvent poster sur le site), et en accueillant, aux côtés des données partagées par l'administration, des données d'intérêt général produites par les particuliers et les grandes communautés du web social.

Un mois après son ouverture, le portail commence à prendre son essor. Les métriques du site montrent une augmentation constante du nombre de participants, du nombre de données et du nombre de réutilisations. Quelque chose est en train de prendre, et la presse ne s'y est pas trompée, comme on le voit ici, ici, ici, ici ou encore ici.

Ce portail incarne une politique, qui est celle du gouvernement. Mais dans sa conception, son développement comme son fonctionnement, il mobilise des outils, des méthodes et des talents directement issus de la révolution numérique et de ses méthodes d'innovation, qui étaient en partie annoncés ou théorisés dans L'Age de la multitude. Nous pensons ce ces méthodes sont reproductibles, et le SGMAP a d'ores et déjà entrepris de les appliquer à d'autres projets. Il est donc intéressant de les partager sur ce blog. 

1- La recherche d'une solution "numérique" à l'équation politique

L'ouverture et le partage des données publiques, c'est d'abord une politique publique. Elle se fonde sur un droit des citoyens (globalement  la loi CADA), mais la dépasse au sens où elle vise à produire, de manière proactive, le plus possible de données, gratuites et réutilisables, dans des formats ouverts et interopérables. Il s'agit de partager des données "activables", pour augmenter le potentiel de création économique et sociale.
Pour ce faire, il ne suffit pas de répéter que les citoyens ont accès à tous les documents publics qui ne posent pas de questions de vie privée, de défense nationale ou d'autres secrets légaux. Concrètement, les administrations ne savent pas toujours par où commencer, les citoyens réclament parfois des informations qui, ne fait, ne sont pas détenues, telles quelles, par les administrations. Par ailleurs, de nombreuses données publiques sont déjà en ligne, mais dispersées dans de nombreux sites. Et surtout, rares sont les gens qui pressentent ce que la diffusion plus large de ces données peut susciter dans la société.
L'ambition de l'open data ne peut donc pas être atteinte seulement par une approche juridique ou par des instructions ministérielles. Il lui faut une plateforme, des outils, des interfaces, des organisations qui favorisent cette réalisation, qui donnent envie de le faire, qui lui donnent du sens.

C'est pourquoi nous avons eu très tôt la conviction que l'open data doit reposer, aussi, sur une stratégie numérique : c'est dans les règles, la dynamique, le design et l'expérience utilisateur du site que nous allions trouver une grande partie des réponses.

J'insiste sur ce point, parce que certains des plus respectables partisans de l'open data ne l'ont pas immédiatement compris. L'idée qu'un projet politique, voire humain, puisse trouver une réponse numérique peut faire peur. On nous répond : "et l'Humain dans tout ça ?". Mais le numérique, ce n'est pas de la "technologie" : ce sont des rapports humains, des situations, des méthodes pour stimuler l'engagement.  
En travaillant sur l'engagement des citoyens, en confiant à la multitude le soin de faire vivre ces données, en organisant une relation plus étroite entre les administrations et les utilisateurs de leurs données (qui ouvre sur l'open innovation), la réponse numérique a donné corps à un projet politique.

vendredi, janvier 17, 2014

Manipuler les foules ou s'allier avec la Multitude ?

(image : caloucalou)

Ce matin, j'intervenais, à l'invitation de Christophe Ginisty à la conférence Réputation War, dont le thème était, cette année "Foules sentimentales".

Un si beau titre évoque d'abord une jolie ritournelle, une belle chanson de Souchon. Une chanson sur les foules qui sont manipulées parce qu'elles sont trop sentimentales. Mais pour ma part, il m'évoque très vite la psychologie des foules, Gustave Le Bon et toutes sortes d'images inquiétantes... Cette bêtise profonde qui peut s'emparer d'un "mouvement de foule", sa capacité à devenir un feu dévorant, à lyncher...

La foule, c'est comme un animal sauvage. On peut jouer avec, mais jamais l'apprivoiser totalement. L'ambivalence de son comportement, nous n'avons chaque jour sous les yeux. Pour ne prendre qu'un exemple, il suffit de songer à la toute récente "affaire Dieudonné" : un déferlement médiatique, un déluge de billets de blog, parfois d'humeur, parfois très sages, la viralisation de nombreux articles et vidéo par tous les canaux imaginables, et un grand moment de contribution collective...
Sur la presse en ligne, qui demande en général à ses lecteurs de "réagir", ce fut un déferlement d'invectives, de formules à l'emporte-pièce, voire de haine pure. Et encore, nous n'en avons vu que ce qui passait les filtres de la modération. Si vous saviez ce qui a probablement été enlevé par toutes ces petites agences de modération qui passent leurs journées à filtrer nos forums de presse...
Regardez par exemple la discussion suite à ce court article sur Dieudonné, ici, sur Le Parisien. Et nous ne sommes ici que dans un exemple moyen, sans tension particulière. Regardez à l'inverse le sérieux, la précision et la rigueur des échanges, qui eux ne sont pas modérés, de la page de discussion à propos de l'entrée "Dieudonné" dans Wikipédia.

Dans ces deux exemples, ce n'est pas la même foule, ce ne sont pas les mêmes comportements, ce ne sont pas les même émotions.

lundi, octobre 21, 2013

Data Revolution : le troisième acte de la révolution numérique


La révolution numérique n'est pas linéaire. Elles procède par vagues, qui se chevauchent et se dépassent les unes les autres.

Les trois révolutions numériques

Il y a quarante ans, le numérique, c’était l’informatique, c'était surtout de la puissance de calcul et le rêve d'approcher les fonctions cognitives supérieures de l'Homme... Ca allait déjà changer le monde : des ingénieurs aventureux, qui découvraient ce monde nouveau avec émerveillement, bricolaient des Apple, inventaient des codes courts (Microsoft), ou, en France, calculaient la voilure du Concorde ou la trajectoire de la fusée Ariane. 
L'imaginaire de cette première vague de la Révolution numérique, c'était 2011, l'Odysséee de l'espace, et IBM développait tranquillement ce qui allait devenir de Deep Blue, l'ordinateur qui allait, finalement, battre Gary Kasparov aux échecs, en 1996.

Il y a vingt ans, nous entrions sans trop nous en rendre compte dans la deuxième étape de la Révolution numérique. Internet commençait à conquérir le grand public. Les ordinateurs, puis les humains, puis tous les objets entraient dans ce grand système d'interconnexion. On préparait tranquillement l’avènement du Docteur Watson d'IBM, qui conjuguerait non seulement la puissance d'un Deep Blue de troisième génération, mais aussi de puissantes capacités sémantiques lui permettant de rechercher sur Internet toutes les réponses imaginables et de gagner le jeu télévisé Jeopardy, en 2011. 
Avec l'émergence de la mobilité, avec les outils du web 2.0, avec la vague des objets communicants, l'informatique devenait pervasive, omniprésente, transformatrice, ouvrant sur de nouvelles vagues de cette Révolution numérique : les big data, l'âge de la Multitude, etc.
Cette "révolution numérique" n'était pas la révolution informatique. Les acteurs n'en furent pas les mêmes. De nouveaux géants prirent des positions clés, et, en Europe notamment, la plupart des géants de la première révolution furent durement éprouvés.

vendredi, octobre 11, 2013

Commission Lauvergeon : lancer la course au large...

La Commission Innovation 2030, présidée par Anne Lauvergeon, a remis aujourd'hui ses conclusions au Président de la République.

Le rapport complet est disponible ici.  Installée le 19 avril dernier, la commission rassemblait 20 personnalités de trajectoires et d'horizons différents. J'ai eu l'honneur et le plaisir d'être l'un d'entre eux. Elle a travaillé depuis lors autour d'une feuille de route assez claire : conquérir des positions de forces sur les marchés stratégiques de 2030.

Très vite, nous nous sommes accordés sur la nécessité, au delà de la question des thématiques porteuses, d'infléchir les politiques d'innovation elles-mêmes. En effet, même en identifiant les sujets les plus prometteurs, il nous semble difficile d'être ambitieux sans faire évoluer l'environnement lui-même (ce que nous appelions "le PH de l'aquarium" pour nous souvenir que même les plus beaux poissons succombent s'ils ne sont pas placés dans l'environnement adéquat), et sans infléchir les politiques d'innovation elles-mêmes...

Sept ambitions françaises

Il s'agissait tout d'abord proposer une stratégie concentrée sur un nombre limité de thématiques. La stratégie, c'est bien souvent savoir hiérarchiser ses priorités, et dans notre bon vieux pays, la dilution des bonnes intensions commence à ressembler à un fléau national. Pour identifier des objectifs cibles, nous avons croisé plusieurs critères, pour rechercher :
  • des marchés porteurs, au vu des tendances lourdes (environnement, démographie, économie, évolutions sociétales...) ;
  • des marchés où l’innovation scientifique, technique et industrielle peut faire la différence ;
  • des secteurs où les atouts actuels de la France rendent nos ambitions légitimes ;
  • des secteurs où l'intervention publique peut apporter une accélération ;
  • des secteurs susceptibles de créer de l'emploi et de la puissance industrielle.
Au terme de ces analyses, et en assumant la responsabilité d'avoir été selectifs, nous avons identifié sept ambitions qui nous semblent particulièrement prometteuses :

Le stockage de l’énergie
Le développement des énergies renouvelables, pour la plupart intermittentes, l’optimisation de la production électrique et le développement de la portabilité nécessitent des innovations de rupture  indispensables à la réussite de toute transition énergétique.
Le recyclage des matières
La raréfaction et le renchérissement des métaux mais aussi la protection de l’environnement rendront indispensables le recyclage, en particulier des métaux rares.
La valorisation des richesses marines : métaux et dessalement de l’eau de mer
La valorisation des métaux présents au fond de la mer et un dessalement moins énergivore de l’eau de mer apporteront des ressources indispensables à une population en croissance. 
Les protéines végétales et la chimie du végétal
De nouveaux produits alimentaires reposant sur des protéines végétales devront être conçus pour répondre à la croissance de la demande alimentaire mondiale que le secteur de l’élevage ne pourra seul satisfaire.
La médecine individualisée
Le développement des sciences « omiques » (génomique, protéinomique, etc.), les liens croissants entre dispositifs médicaux et thérapies ainsi que le développement du numérique vont faire émerger une médecine de plus en plus personnalisée, porteuse d’une plus grande efficacité collective et individuelle, avec des traitements adaptés. 
La « silver economy », l’innovation au service de la longévité
D’ici 15 ans, 1,2 milliard d’habitants auront plus de 60 ans dans le monde. Les seniors assureront la majorité des dépenses en France. Une économie nouvelle se développera répondant entre autres à la perte d’autonomie.
La valorisation de données massives (Big Data)
La multiplication des données créées par les particuliers, les entreprises et les pouvoirs publics sera porteuse de nouveaux usages et de gains de productivité. La mise à disposition par l’Etat et par ses opérateurs des données publiques constituera une opportunité pour favoriser l’essor de nouvelles start-up.