dimanche, juillet 02, 2017

Quand Zuckerberg veut faire le bonheur de l'humanité

La semaine dernière, Marc Zuckerberg a dévoilé les modifications apportées à Facebook pour remplir la nouvelle « mission » et la nouvelle stratégie de l'entreprise. Une mission qu'il précise à petites touches depuis la publication de son long manifeste en février dernier. Une mission qu'il résume lui-même en quelques mots : « développer l’infrastructure sociale qui permettra de créer une communauté globale ».  Une communauté qui devra être :
- « sûre » (capable d’apporter de l’aide en temps de crise - Facebook revendique 500 activations du Safety check ces deux dernières années) ; 
- « informée » (donnant une voix à chacun) ; 
- « engagée » (stimulant l’implication politique - Facebook revendique avoir ramené 2 millions d’Américains aux urnes  
- et « inclusive » (reflétant les valeurs collectives).

« Quand vous regardez les grands défis qui se posent à notre génération – mettre fin à la pauvreté, guérir la maladie, arrêter le changement climatique –, aucune personne ou aucun groupe de personnes ne peut les résoudre seul. » La solution viendra de « groupes significatifs », à savoir « les groupes qui deviennent, lorsque nous les rejoignons, la partie la plus importante de notre expérience sociale et forment une partie cruciale de nos soutiens dans la vie quotidienne ». Des groupes que Facebook aidera à constituer, même si cela doit éroder la souveraineté des Etats nation ou nécessiter une forme de lissage culturel entre les communautés.

Comment ? Grâce aux paramétrages des subtils algorithmes qui décident quels amis nous seront présentés, quels sont ceux de leurs messages qui nous seront affichés, quelles publicités, quels services et quelles ressources nous seront proposés. Des algorithmes éduqués avec des méthodes simples et robustes, de grandes quantités de données et, prochainement, un peu d’intelligence artificielle pour mieux reconnaître les images, détecter les émotions dans les conversations, etc. Des algorithmes, aussi, qui seront mis au service d'une philosophie de la régulation propre au réseau social. Ainsi, pour lutter contre les "fake news" (une responsabilité politique que Facebook a initialement refusé d'assumer), l'algorithme analysera le comportement des utilisateurs et recommandera moins les vidéos qui auront été partagées avant sans avoir été visionnées au préalable.

mardi, mars 28, 2017

Elon Musk lance l'intégration du cerveau et de l'intelligence artificielle

C'est un rêve familier des lecteurs de sciences-fiction, et c'est peut-être pour l'heure une foucade de plus de l'entrepreneur génial qui a non seulement inspiré à Hollywood les caractéristiques du personnage de Tony Stark (Iron Man), mais qui est surtout à l'origine de l'Hyperloop, de la société Space X, de Tesla Motors, du centre d'intelligence artificielle OpenAI et qui ne cache pas son rêve d'engager de son vivant la colonisation de la planète Mars.

La nuit dernière, selon le Wall Street Journal, Elon Musk a dévoilé l'une de ses nouvelles ambitions en annonçant la création de Neuralink, une entreprise visant à terme à connecter le cerveau aux intelligences artificielles. Les premiers commentaires, comme The Verge, ou Techcrunch, divergent encore sur la portée réelle de ce projet.

L'usage de petites électrodes implantées dans le cerveau est déjà une réalité, qui produit des résultats dans le traitement de la maladie de Parkinson, par exemple, et qui semble testé par la DARPA pour améliorer les performances des tireurs d'élites. D'autres chercheurs ont déjà annoncé vouloir augmenter la mémoire grâce à l'ajout de composants électroniques.
Ce qui est impressionnant avec Musk, c'est la visée immédiatement revendiquée de connecter les travaux sur le cerveau aux travaux sur l'intelligence artificielle.

dimanche, mars 26, 2017

[Billet invité] Clément Bertholet et Laura Létourneau : L’Etat contre-attaque

Je suis très heureux d'inviter aujourd'hui Clément Bertholet et Laura Létourneau, deux jeunes ingénieurs des Mines dont le mémoire de fin d'étude a suscité de nombreux commentaires dans l'Etat, et a donné naissance à un livre aujourd'hui disponible dans toutes les bonnes librairies : Uberisons l'Etat avant que d'autres ne s'en chargent.

"Ubérisation, à qui le tour ?" nous a-t-on demandé en dernière année de formation du Corps des Mines. Surpris de constater que tous les acteurs économiques s'accordaient à dire que l’ubérisation allait renverser tous les secteurs sauf le leur, nous avons réalisé que nous, hauts fonctionnaires, étions victimes du même biais. Après nous être entretenus avec une cinquantaine de personnes, le constat fut sans appel : l'Etat était en passe d'ubérisation.

L'Etat bientôt ubérisé : la menace fantôme

Toutes les entreprises établies, quel que soit le secteur, sentent une menace poindre, encore indistincte pour certains, bien réelle pour d’autres. Impossible de trouver un taxi le samedi soir ? Uber est arrivé. Des chambres d’hôtel mornes et impersonnelles ? Airbnb a proposé une expérience nouvelle et personnalisée au voyageur. Des tarifs trop élevés et des gares de moins en moins desservies par la SNCF ? Blablacar a fait le choix du partage du prix.
De la même manière, c’est un calvaire pour inscrire son enfant en crèche, changer de caisse d'assurance maladie, déclarer un permis de construire ou refaire sa carte grise. Alors finalement, ne serait-ce pas au tour de l'Etat de se faire ubériser ?

lundi, décembre 19, 2016

La Révolution numérique, champ de bataille démocratique



A l'occasion de l'ouverture du sommet de l'Open Government Partnership à Paris (#OGP16), j'ai donné un long entretien à Mediapart, qui grâce au talent de Jérôme Hourdeaux, m'a semblé particulièrement complet et précis. Avec leur autorisation, j'ai le plaisir de le partager aujourd'hui avec vous. Les illustrations en revanche sont les miennes, issues du sommet lui-même.

« Open government », « open data », « civic tech »… sont des concepts qui peuvent souvent sembler très vagues et peu concrets. Comment expliquer au grand public les enjeux de ce partenariat et de ce sommet ?
Henri Verdier : Ce qui compte, c’est d’abord le sommet, que des personnes se retrouvent pour se retrousser les manches et s’organiser afin de régler des problèmes. Les uns sont chercheurs, d’autres font partie de la civic tech, mais il y a aussi des collectifs de quartier… en résumé tous types de citoyens. C’est impressionnant de voir à quel point il se passe des choses dans le monde entier : aux Philippines, en Indonésie, au Pérou, au Brésil…

Ces gens ont décidé de s’organiser, de devenir une force collective. Et c’est dans ce dessein qu’ils ont créé ce partenariat d’un nouveau genre, hybride, composé de plusieurs centaines d’ONG et de 70 gouvernements, copiloté par des élus et des membres de la société civile.
L’Open Government Partnership est bien entendu très important. Mais ce qu’il faut regarder, c’est la lame de fond, ce qu’est en train de devenir la démocratie à une époque où les citoyens sont à peu près tous éduqués – 80 % des humains savent lire et écrire –, ont accès à l’information et peuvent s’organiser grâce à Internet. Aujourd’hui, peut-on se satisfaire d’un modèle inventé à l’époque des cités grecques et reposant, plus ou moins, sur des athlètes surentraînés, car il faut en être un pour faire tourner la machine aujourd’hui ? Elle est là, la grande question.

Alors, certes, on me demande souvent, comme vous aujourd’hui : comment y intéresser le grand public ? C’est comme René Dumont et ses amis dans les années 1970 : ça démarre, ça balbutie, parfois il y a des trucs un peu ridicules. Mais je pense que dans vingt ans ça sera un sujet aussi important que le développement durable. Ce sera le développement démocratique durable.

mardi, décembre 06, 2016

Des communs numériques pour l'émancipation et l'action

Vendredi, dans le cadre du sommet du Partenariat pour un gouvernement ouvert, je participerai à une table ronde avec Claire Legros, Yann Moulier Boutang et Bernard Stiegler sur les Communs numériques.

Les Communs, c'est un terme en vogue, avec tous les risques qui s'attachent aux buzzwords dans notre société de communication. J'y avais consacré un petit travail avec Charles Murciano, que j'ai présenté sur ce blog au début de l'année. C'est aussi un terme qui fait peur à ceux qui ne le comprennent pas, les uns craignant que tout cela ne conduisent à une sorte de nationalisation du numérique, les autres craignant que cela ne remette en cause le droit d'auteur, d'autres ne comprenant tout simplement pas pourquoi il faudrait ainsi créer de nouvelles catégories juridiques.

Dans l'ordre de l'opérationnel, pourtant, les choses sont assez claires. L'histoire est ancienne, mais elle est encore plus nette en matière de numérique. Il existe des ressources qui ne sont pas publiques, et qui ne sont pas non plus privées. elles sont produites en commun par un certain nombre de personnes, qui, en retour, les exploitent en commun. Souvent, ces contributeurs définissent des règles, des licences, des conditions d'utilisation qui représentent la constitution de ce commun. Un exemple assez connu de chacun d'entre nous est tout simplement Wikipédia.