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lundi, septembre 08, 2014

La fin de l'innovation ?


En 1992, peu de temps après la chute du mur de Berlin, le politologue américain Francis Fukuyama nous prédisait, tout simplement La Fin de l'histoire et le dernier homme.
Fascinés par leur victoire contre l'URSS, et sans doute appatés par les relents hégéliens de ce texte, les intellectuels du monde entier lui assuraient un succès inattendu. De manière étonnante, personne ne sembait s'inquiéter du recours à une expression, "le dernier homme", que Nietzsche avait pourtant adoptée pour nous dresser le portrait peu enthousismant du stade ultime du nihilisme...
Trente ans plus tard, le jihad à toutes les sauces, la géopolitique de la Russie, la trajectoire de "pays émergents" qui sont devenus bien plus qu'émergents nous permettent de remettre ces analyses à leur juste place, et d'apprendre à nous méfier, comme avait su le faire Derrida dès 1993, des prétentions à fermer le rideau de l'histoire...

Pourtant, ces théories de la fin de l'histoire, de la fin du progrès, de la fin de l'homme lui-même semblent avoir la vie dure, et connaissent,depuis quelques années, un nouvel avatar avec les théories, très appréciées dans les milieux économiques, sur la "fin de l'innovation".
Le prix Nobel d'économie, Edmund Phelps, en tirait un livre l'an dernier, expliquant que toute la crise depuis la fin des Trente glorieuses provenait de l'incapacité à innover de l'Occident (thèse que je ne conteste pas complètement d'ailleurs). Surfant sur la vague, pas toujours avec la même érudition, d'autres économistes ont tenté, récemment, de prouver que la révolution numérique n'avait pas été si importante que cela, finalement. D'autres encore reconnaissent son impact, tout en la considérant comme désormais épuisée.

D'après Le Monde du 1er septembre, cette thématique sera au coeur d'un prochain rapport du Conseil d'analyse économique. Un consensus émergerait chez les économistes :  la croissance serait durablement affectée par le manque de gains de productivité de notre économie, lui-même imputable à la faible puissance d'innovation actuelle, et au caractère trop faiblement disruptif des technologies numériques.

Bon. En première instance, ça me rappelle cette planche de Gotlib :


Mais en même temps, on n'a pas vu le rapport. Laissons-lui sa chance. Car ce qui est sûr, c'est que la question mérite quelques élaborations...

jeudi, juin 26, 2014

L'Etat peut-il être un innovateur radical ?

La simplification, la modernisation et l'efficacité de l'Etat intéressent de plus en plus de monde, et sont désormais portées au plus haut niveau de l'Etat. C'est une bonne chose. La question de ce ce que doit être la puissance publique du XXIe Siècle, et de savoir comment elle doit s'organiser, est sans doute l'une des plus importantes questions politiques du moment.

Comme les autres révolutions industrielles, la révolution numérique appelle une révolution politique, qui n'est pas jouée, mais qui redéfinira à terme le rôle, les missions et les stratégies de l'Etat. Edwy Plenel a magnifiquement parlé de cette question au cours de l'installation de la Commission de réflexion et de propositions sur le droit et les libertés à l’âge numérique. Regardez la vidéo si vous en avez le temps...

Dans cette révolution politique, la stratégie digitale de l'Etat joue un rôle fondamental. C'est elle qui peut permettre à l'Etat de s'approprier les gains de productivité et d'efficacité apportés par le numérique. C'est elle peut lui permettre d'atteindre la créativité, la puissance d'innovation et la réactivité des "disrupteurs numériques". C'est elle qui peut lui permettre de s'harmoniser avec une société d'innovation permanente, et donc d'en accompagner intelligemment la transformation économique et sociale. C'est elle qui peut fonder la puissance et la souveraineté nécessaires à la préservation de l'intérêt général, dans un monde où les pouvoirs se redistribuent rapidement, entre Etats, sociétés civiles et nouveaux acteurs économiques. C'est elle, enfin, qui peut nous permettre de répondre aux nouveaux défis de la modernité : la crise démocratique, la crise économique et industrielle, le besoin de garantir des nouvelles libertés et d'accompagner de nouvelles solidarités.

mercredi, janvier 29, 2014

Le nouveau data.gouv.fr : innover à l'âge de la multitude


Vous avez sans doute repéré la nouvelle version du portail www.data.gouv.fr, inaugurée le 18 décembre dernier par le Premier ministre, accompagné de Mme Marylise Lebranchu et de Mme Fleur Pellerin.

C'est un portail qui présente une nouvelle approche de l'open data, en associant très largement les citoyens (particuliers, chercheurs, étudiants, entreprises) à la mise en valeur des données (notamment par les réutilisations qu'ils peuvent poster sur le site), et en accueillant, aux côtés des données partagées par l'administration, des données d'intérêt général produites par les particuliers et les grandes communautés du web social.

Un mois après son ouverture, le portail commence à prendre son essor. Les métriques du site montrent une augmentation constante du nombre de participants, du nombre de données et du nombre de réutilisations. Quelque chose est en train de prendre, et la presse ne s'y est pas trompée, comme on le voit ici, ici, ici, ici ou encore ici.

Ce portail incarne une politique, qui est celle du gouvernement. Mais dans sa conception, son développement comme son fonctionnement, il mobilise des outils, des méthodes et des talents directement issus de la révolution numérique et de ses méthodes d'innovation, qui étaient en partie annoncés ou théorisés dans L'Age de la multitude. Nous pensons ce ces méthodes sont reproductibles, et le SGMAP a d'ores et déjà entrepris de les appliquer à d'autres projets. Il est donc intéressant de les partager sur ce blog. 

1- La recherche d'une solution "numérique" à l'équation politique

L'ouverture et le partage des données publiques, c'est d'abord une politique publique. Elle se fonde sur un droit des citoyens (globalement  la loi CADA), mais la dépasse au sens où elle vise à produire, de manière proactive, le plus possible de données, gratuites et réutilisables, dans des formats ouverts et interopérables. Il s'agit de partager des données "activables", pour augmenter le potentiel de création économique et sociale.
Pour ce faire, il ne suffit pas de répéter que les citoyens ont accès à tous les documents publics qui ne posent pas de questions de vie privée, de défense nationale ou d'autres secrets légaux. Concrètement, les administrations ne savent pas toujours par où commencer, les citoyens réclament parfois des informations qui, ne fait, ne sont pas détenues, telles quelles, par les administrations. Par ailleurs, de nombreuses données publiques sont déjà en ligne, mais dispersées dans de nombreux sites. Et surtout, rares sont les gens qui pressentent ce que la diffusion plus large de ces données peut susciter dans la société.
L'ambition de l'open data ne peut donc pas être atteinte seulement par une approche juridique ou par des instructions ministérielles. Il lui faut une plateforme, des outils, des interfaces, des organisations qui favorisent cette réalisation, qui donnent envie de le faire, qui lui donnent du sens.

C'est pourquoi nous avons eu très tôt la conviction que l'open data doit reposer, aussi, sur une stratégie numérique : c'est dans les règles, la dynamique, le design et l'expérience utilisateur du site que nous allions trouver une grande partie des réponses.

J'insiste sur ce point, parce que certains des plus respectables partisans de l'open data ne l'ont pas immédiatement compris. L'idée qu'un projet politique, voire humain, puisse trouver une réponse numérique peut faire peur. On nous répond : "et l'Humain dans tout ça ?". Mais le numérique, ce n'est pas de la "technologie" : ce sont des rapports humains, des situations, des méthodes pour stimuler l'engagement.  
En travaillant sur l'engagement des citoyens, en confiant à la multitude le soin de faire vivre ces données, en organisant une relation plus étroite entre les administrations et les utilisateurs de leurs données (qui ouvre sur l'open innovation), la réponse numérique a donné corps à un projet politique.

vendredi, octobre 11, 2013

Commission Lauvergeon : lancer la course au large...

La Commission Innovation 2030, présidée par Anne Lauvergeon, a remis aujourd'hui ses conclusions au Président de la République.

Le rapport complet est disponible ici.  Installée le 19 avril dernier, la commission rassemblait 20 personnalités de trajectoires et d'horizons différents. J'ai eu l'honneur et le plaisir d'être l'un d'entre eux. Elle a travaillé depuis lors autour d'une feuille de route assez claire : conquérir des positions de forces sur les marchés stratégiques de 2030.

Très vite, nous nous sommes accordés sur la nécessité, au delà de la question des thématiques porteuses, d'infléchir les politiques d'innovation elles-mêmes. En effet, même en identifiant les sujets les plus prometteurs, il nous semble difficile d'être ambitieux sans faire évoluer l'environnement lui-même (ce que nous appelions "le PH de l'aquarium" pour nous souvenir que même les plus beaux poissons succombent s'ils ne sont pas placés dans l'environnement adéquat), et sans infléchir les politiques d'innovation elles-mêmes...

Sept ambitions françaises

Il s'agissait tout d'abord proposer une stratégie concentrée sur un nombre limité de thématiques. La stratégie, c'est bien souvent savoir hiérarchiser ses priorités, et dans notre bon vieux pays, la dilution des bonnes intensions commence à ressembler à un fléau national. Pour identifier des objectifs cibles, nous avons croisé plusieurs critères, pour rechercher :
  • des marchés porteurs, au vu des tendances lourdes (environnement, démographie, économie, évolutions sociétales...) ;
  • des marchés où l’innovation scientifique, technique et industrielle peut faire la différence ;
  • des secteurs où les atouts actuels de la France rendent nos ambitions légitimes ;
  • des secteurs où l'intervention publique peut apporter une accélération ;
  • des secteurs susceptibles de créer de l'emploi et de la puissance industrielle.
Au terme de ces analyses, et en assumant la responsabilité d'avoir été selectifs, nous avons identifié sept ambitions qui nous semblent particulièrement prometteuses :

Le stockage de l’énergie
Le développement des énergies renouvelables, pour la plupart intermittentes, l’optimisation de la production électrique et le développement de la portabilité nécessitent des innovations de rupture  indispensables à la réussite de toute transition énergétique.
Le recyclage des matières
La raréfaction et le renchérissement des métaux mais aussi la protection de l’environnement rendront indispensables le recyclage, en particulier des métaux rares.
La valorisation des richesses marines : métaux et dessalement de l’eau de mer
La valorisation des métaux présents au fond de la mer et un dessalement moins énergivore de l’eau de mer apporteront des ressources indispensables à une population en croissance. 
Les protéines végétales et la chimie du végétal
De nouveaux produits alimentaires reposant sur des protéines végétales devront être conçus pour répondre à la croissance de la demande alimentaire mondiale que le secteur de l’élevage ne pourra seul satisfaire.
La médecine individualisée
Le développement des sciences « omiques » (génomique, protéinomique, etc.), les liens croissants entre dispositifs médicaux et thérapies ainsi que le développement du numérique vont faire émerger une médecine de plus en plus personnalisée, porteuse d’une plus grande efficacité collective et individuelle, avec des traitements adaptés. 
La « silver economy », l’innovation au service de la longévité
D’ici 15 ans, 1,2 milliard d’habitants auront plus de 60 ans dans le monde. Les seniors assureront la majorité des dépenses en France. Une économie nouvelle se développera répondant entre autres à la perte d’autonomie.
La valorisation de données massives (Big Data)
La multiplication des données créées par les particuliers, les entreprises et les pouvoirs publics sera porteuse de nouveaux usages et de gains de productivité. La mise à disposition par l’Etat et par ses opérateurs des données publiques constituera une opportunité pour favoriser l’essor de nouvelles start-up. 

lundi, avril 15, 2013

"L'innovation est une dissidence"

Même si je m'y suis fait rare dans la dernière ligne droite, Etalab oblige, j'ai eu le plaisir et la chance de participer aux travaux de la commission Beylat-Tambourin sur notre système d'aide à l'innovation at au transfert de technologie.

Réunis dans un groupe de travail varié et passionnant, mêlant chercheurs, entrepreneurs, VC, administrations, pôles de compétitivités et enseignants, nous avons travaillé près de huit mois autour d'une seule question : comment améliorer la puissance d'innovation dans notre pays, et comment aider le succès de ces innovations.

Le rapport complet est téléchargeable ici, et je vous le recommande. Vous y trouverez notamment beaucoup de chiffres très éloquents. Je ne vais pas le résumer, il débute par une excellente synthèse.
Je voudrais juste commenter ici ce qui me semble avoir été repéré très vite comme le coeur de la question, et qui a guidé l'ensemble des recommandations.

L'innovation n'est pas la simple suite logique et naturelle de la recherche. Elle ne se planifie pas. Elle ne se quantifie pas avec des critères aussi simples que les budgets de R&D ou le nombre de brevets déposés. L'innovation, cela commence avec le geste d'un créateur qui propose quelque chose de neuf. Cela commence toujours avec l'aventure d'une petite équipe qui plonge dans l'inconnu pour y tracer de nouvelles voies. Et ça ne devient une innovation que lorsque la société l'accepte, lorsque cela trouve sa place. C'est un progrès, et ce sont les utilisateurs qui décident ce qui est progrès, et ce sont leurs pratiques qui transforment la proposition en ce qui peut être qualifié de progrès. L'innovation, c'est donc presque toujours un imprévu, qui sanctionne un risque.

Ce n'est pas pour autant quelque chose d'imprévisible, sur lequel le politique n'aurait aucune prise. Tous les grands territoires d'innovation (Etats-Unis, Israël, Europe du Nord, Corée, Chine...) ont une grande politique d'innovation. Il faut une ambitieuse politique de recherche, il faut un transfert efficace des résultats de cette recherche, il faut un intense effort de recherche-développement, il faut que l'Etat et les grands groupes apprennent à faire des achats innovants, et il faut de grandes générations d'entrepreneurs. Mais il faut une aussi société accueillante à ces entrepreneurs : des capitaux, des clients, mais surtout une culture, une acceptation sociale. Il faut, aussi, une société tolérante à l'échec. Aucun de ces ingrédients ne peut manquer, faute de quoi, un pays ne peut devenir, ou rester, un grand pays innovant.


mardi, novembre 13, 2012

Sculpteo et Netatmo récompensés au CES : pourquoi c'est important...


Cocorico.
On a appris hier soir que Sculpteo allait recevoir l'un des Best of innovations awards du Consumer Electronic Show qui se tiendra à Las Vegas dans deux mois, et que la jeune société Netatmo allait pour sa part remporter trois innovation awards. Il y a donc des entreprises françaises qui gagnent des prix dans le temple des Samsung, des Sony et des LG electronics. Le CES, c'est le festival de Cannes de l'électronique grand public. Plus de 100.000 innovations chaque année et près de 200 prix.
Après la déroute de notre électronique grand public, des startups relèvent le gant.

Sculpteo, qui fabrique et commercialise une de ces fameuses "imprimantes 3D" avec laquelle on peut produire n'importe quel objet par injection de plastique, a été fondée par Clément Moreau et Eric Carreel. Eric est par ailleurs le fondateur d'Inventel (dont la technologie fut stratégique dans l'aventure de la Livebox d'Orange), rachetée par Technicolor. Eric Carreel a aussi lancé Withings (la balance, le tensiomètre...) et Invoxia (qui avait remporté un Best of innovations award en 2012). Son imprimante 3D était présentée au dernier Futur en Seine (merci à Silicon.fr pour la photo).


Netatmo vous est peut-être moins familière, mais elle ne tardera pas à le devenir. Elle vient de recevoir trois innovation awards au même CES 2013 (catégories "santé bien être", "technologie pour un monde meilleur" et "appareil domestique"). La société n'a qu'un an et son produit n'est disponible que depuis deux mois. Netatmo fabrique et commercialise des stations météorologiques, indoor et outdoor, avec suivi de différentes paramètres de pollution.

lundi, septembre 24, 2012

(billet invité) Alain Cadix et l'innovation conceptuelle

J'ai le plaisir d'accueillir aujourd'hui un beau texte d'Alain Cadix, directeur de l’Ecole nationale supérieure de création industrielle 
(ENSCI  - Les Ateliers) et  administrateur  général de  Paris Novi Mundi.

La place du design dans l'innovation d'aujourd'hui me semble essentielle. Il joue un rôle moteur dans la nouvelle révolution industrielle en cours. Le regard humaniste et rigoureux d'Alain est essentiel pour en comprendre la portée.



R & D veut désormais dire « Recherche et Design »…


Face aux enjeux majeurs de notre temps, sociétaux et environnementaux, sociaux et économiques, l’innovation est mise en avant à tous les niveaux de la sphère publique comme de la sphère  marchande. Or la France n’est pas bien située dans les classements internationaux en matière d’innovation. Sa créativité à cet égard semble émoussée. Les outils classiques (aides, crédits d’impôt), bien que largement utilisés, semblent  perdre en efficacité.  Dans  la  situation  préoccupante où nous nous trouvons, il nous faut donc innover en innovation, je veux dire emprunter des voies nouvelles  pour faire émerger ces innovations qui modifient les règles du jeu concurrentiel et qui répondent à des attentes, exprimées ou latentes, de la société et des marchés.

Pour les innovations incrémentales, graduelles,  ou pour la mise au point finale d’innovations plus radicales, le recours à l’usager co-concepteur, amateur, contributeur, est une voie possible, souvent mise en avant, inégalement pratiquée.

Mais l’innovation dont nous avons le plus grand besoin aujourd’hui est conceptuelle, c’est à dire fondée sur de  nouveaux paradigmes économiques et sociaux, de nouvelles façons de penser, de faire, d’organiser, de commercialiser, en rupture avec bien des pratiques dominantes. Les concepts nouveaux qui la sous-tendent naissent de la rencontre de cultures différentes. Les croisements de la philosophie, des arts, des sciences, des métiers, en sont une source potentielle* ; beaucoup plus que ne l’est la seule écoute des marchés  – qui  n’ont jamais révélé de capacité d’imagination radicale, depuis la lampe à incandescence de Swan et Edison jusqu’à l’iPhone de Steve Jobs –.

mercredi, juin 13, 2012

Futur en Seine 2012 : nous n'avons encore rien vu !

Un simple calcul.
Avec la loi de Moore, la puissance d'un ordinateur est multipliée par 1000 en 20 ans.
Traduction : si nous sommes en train de gravir une montagne d'innovations haute de 1 km, nous avons progressé d'un mètre en 20 ans et nous allons faire 1 km dans les 20 années à venir.

Personne n'est capable d'imaginer réellement ce que nous en ferons.

L'avenir n'est pas écrit

On ne sait rien de ce qui se prépare, sauf une chose : le monde va changer plus encore qu'il n'est concevable.
On sait une autre chose, également. Ces changements ne se décrèteront pas. Ils proviendront de la rencontre des gestes - un peu fous - des innovateurs radicaux, et de la subversion de ces propositions par le public, qui en fera, comme d'habitude, exactement ce qui lui chantera.
Et on soupçonne une troisième chose. Après avoir fait le plus facile, la révolution des écrans, le e-commerce, la dématérialisation, on va maintenant passer aux choses sérieuses. Le numérique va entrer dans la ville, dans la voiture, dans la maison. Le numérique va s'immiscer dans nos rapports aux autres, dans nos rapport à notre propre corps. Il va faire appel aux trésors de la narration et du design. Il va se préoccuper de tisser une civilisation, de beauté et d'harmonie.
Si l'innovation à venir est une montagne, autant se dire que nous avons à peine entamé la marche d'approche.

Cette conviction est le sens, l'esprit et la fonction de Futur en Seine

La région parisienne a la chance d'être l'une des métropoles où s'invente ce futur. Elle rassemble, comme peu d'autres, toutes les sortes de créateurs : artistes et designers, chercheurs et entrepreneurs.

Futur en Seine est leur fête. C'est un festival populaire, festif et gratuit, tourné vers cette prospective.

Il ne cherche pas seulement à présenter ces innovations, il cherche à les comprendre, à les problématiser, à les interroger. Et à le faire avec son public.

C'est important parce que c'est comme ça qu'on inventera vraiment le futur. C'est pourquoi Cap Digital a voulu créer ce festival, rapidement soutenu par un apport déterminant de la Région Ile de France, mais aussi par la Ville de Paris, les collectivités d'Ile de France - dont le département de Seine Saint-Denis), et enfin de grands sponsors, comme Orange et la SNCF.

mercredi, avril 11, 2012

Premiers enseignements du colloque sur la néoindustrialisation


Mardi 27 mars, dans le cadre des huitièmes Rencontres Cap Digital, se tenait un court colloque sur la néoindustrialisation.

Nous avions choisi ce thème central, à la fois pour souligner l'importance de concevoir une véritable politique industrielle, pour appeler à tourner le dos à l'idéologie du "Fabless" - cette pensée méprisante qui a voulu réserver les tâches créatives à l'Occident et la production au tiers-monde -, et pour insister sur la nécessité de réfléchir à une politique industrielle moderne, tenant compte de la transformation numérique.

Nous avons eu  un débat de très grande qualité. Je vous conseille vivement d'en regarder les actes, accessibles sur la "webconf TV" inaugurée à cette occasion par Cap Digital.

Nous allons travailler sur cette matière très dense, dont nous n'avons pas fini de tirer les enseignements. Mais je voudrais d'ores et déjà, à chaud, partager quelques notes tirées de ces échanges.

1- l'ampleur de la transformation numérique des industries et des services dépasse tout ce que nous imaginions.
Les témoignages de notre première table ronde furent à cet égard éloquents.
Les studios Eclair, engagés dans le cinéma depuis 1907, ont travaillé un siècle sur les mêmes technologies de base avant de devoir changer brutalement en quelques années. La Poste a du, en quelques années, réinventer ses services, son activité, sa logistique, son management et son rapports aux utilisateurs (gagnant de ce fait le prix du manager d'entreprises du prix des technologies numériques 2012). Unowhy avait conçu une tablette tactile un peu avant Apple, et a su rebondir en se spécialisant sur un segment porteur, la cuisine, avant de décider de produire sa célèbre tablette Qooq en France, tant pour des raisons de coût que de qualité. Archos, l'un des nouveaux espoirs français en matière d'électronique grand public, qui faillit bien, lui aussi, succomber au succès de l'IPad, avant de se repositionner à toute allure. Mia electric s'est emparé de tout ce que permet aujourd'hui le numérique pour bouleverser les méthodes de conception et de production d'une voiture et proposer un petit bijou de voiture électrique.
Tous ces métiers, dont aucun n'est à proprement parler numérique, ont témoigné des conséquences de l'entrée dans l'ère numérique. La rapidité, la fluidité, la disruption, le design, l'open source, la concentration de la valeur ajoutée ne sont pas l'apanage du consumer internet. Ces bouleversements concernent tous les métiers désormais.

2- Que deviennent les usines ?
La brillante conférence de Marc Giget nous a ensuite entraîné dans une réflexion sur ce que sont en train de devenir les usines après la révolution industrielle en cours.
Nous avons tous en tête des images d'usines fermées - il y a de quoi depuis dix ans. Ces images nous dissimulent la nouvelle réalité.
Après la révolution numérique, l'usine plus compacte, plus dense en technologie, moins dense en salariés - mais ils sont mieux payés - est un nouveau lieu de relations et de production. Son empreinte sur l'urbanisme, notamment, a considérablement changé et permet de concevoir de nouvelles implantations, à la périphérie des villes, mais en contexte urbain.

lundi, mars 26, 2012

Après le numérique : quelle réindustrialisation ?

La question industrielle, a fait une entrée spectaculaire dans la campagne présidentielle. Du « pacte industriel » au « produire en France » en passant par le protectionnisme, elle a structuré un moment du débat. Cette prise de conscience est une excellente nouvelle dans un contexte de mondialisation, de crise économique, de chômage élevé, mais aussi d'irruption d'une modernité explosive, créative et imprévisible. La France a soudainement redécouvert combien elle avait eu tort de privilégier excessivement les services - considérés à tort comme non délocalisables. Elle a redécouvert l'importance stratégique d'une véritable politique industrielle. Elle a compris qu’un pays qui ne fabrique pas de produits finit par perdre son rayonnement culturel et donc sa souveraineté et même ses capacités de dialogue avec les autres peuples...

Malheureusement, au delà du volontarisme apparent, on n'a pas encore vu se dessiner de contenu concret pour cette politique industrielle désormais appelée par tous. Et l'on n'a surtout pas entendu de véritable proposition de stratégie de l'action collective. On pourrait donc craindre que ce bon premier mouvement ne débouche plus sur un retour en arrière (la "réindustrialisation") que sur un véritable projet de dépassement (la "néoindustrialisation"). C'est de cette "néoindustrialisation" que nous parlerons au cours de ces Rencontres de Cap Digital. 

mardi, décembre 06, 2011

Economie des startups : leçons israéliennes

Hier, se tenaient à Paris les Innovation Days France Israël, auxquels Cap Digital se réjouit de participer, et où de nombreux Français découvrent l'énorme Yossi Vardi, je voudrais partager avec vous quelques leçons que j'ai tirées de mon récent voyage d'étude dans ce bel écosystème.

J'ai en effet eu la chance, le mois dernier, de participer à un voyage d'étude organisé par les amis du Orange Institute avec le précieux concours de Roseline Kalifa. Au cours de ce séjour, nous avons également fait escale au festival DLD Tel Aviv.

Je connaissais un peu le pays, et je connaissais aussi sa puissance technologique, mais je n'avais pas encore encore rencontré sa communauté d'entrepreneurs. Et en rentrant en France, je me suis rendu compte que nombre de mes amis ignoraient complètement à quel point Israël était une terre de technologies et de startups, patrie par exemple d'ICQ, qui a donné naissance à au réseau Microsoft Messenger.

Une chose, pourtant, est sûre : l'écosystème français a beaucoup à faire avec cet écosystème de création, à quatre heures d'avion de Paris, qui a de nombreuses passerelles avec la France, et qui sait tellement bien attaquer les marchés internationaux et notamment américain.


Le marketing israélien des startups.


Certes, ne soyons pas dupes. Nous avons reçu, de la part d'innombrables interlocuteurs, un discours marketing très cohérent, ciselé et efficace.
Mais nous devrions en tirer une première leçon. Il existe une communauté cohérente, ambitieuse, volontaire. Elle sait se présenter et se vendre avec force. Elle a de grandes figures, des thèses, des succès à valoriser, mais aussi un positionnement, un storytelling, un marketing intelligent. Qui pourrait le lui reprocher ?

Je pense pour ma part que nous pourrions largement prouver que l'écosystème français - voire francilien - est de rang au moins égal. Reste qu'il nous faudrait faire ce travail : recenser nos PME de manière exhaustive, produire les données pertinentes, nous entendre sur une vision globale, instaurer un climat d'ambition et de confiance, construire une volonté collective, puis nous battre sur tous les fronts pour valoriser et développer cette valeur.
Et qui nous en empêche, si ce n'est nous-mêmes ?


Startup nation ?


L'une de nos premières rencontres fut Saul Singer, l'un des auteurs de l'ouvrage Israël, the Start-up Nation, qui apporte beaucoup d'éléments d'analyse.
Plutôt que de le paraphraser, je préfère citer son éditeur qui présente ainsi l'ouvrage : 
Start-up Nation adresse la question à 1000 milliards de dollars. Comment se fait-il qu'Israël, un pays de 7,1 millions d'habitants, créé il y a 60 ans, entouré d'ennemis, en état de guerre permanente depuis sa création, sans ressources naturelles, produisent plus de startups que des pays plus grands, en paix et plus stables comme  la Chine, l'Inde, la Corée, le Japon, le Canada ou le Royaume-Uni ? Comment a fait Israël pour attirer deux fois plus d'investissements en capital-risque par habitant que les Etats-Unis, et trente fois plus que l'Europe ?
Israël a plus de sociétés côtés au NASDAQ que tout autre pays non américain, plus que l'Europe, l'Inde et la Chine ajoutées. Et l'innovation israélienne ne se limite pas à l'informatique, la sécurité ou la communication ; l'Etat Juif est leader mondial en dépôt de brevets médicaux, et c'est un puissant acteur global en biotechs et cleantech.

vendredi, octobre 21, 2011

Nicolas Colin : Internet est un jeu d'enfants (billet invité)



Je discutais l'autre jour avec mon ami Nicolas Colin, le fondateur de 1x1connect, quand il a commencé à m'expliquer pourquoi on améliorerait les chaînes de valeur si on apprenait à se demander ce que comprendrait un bébé de notre produit. L'idée était séduisante, et je lui ai donc demandé s'il accepterait de la partager avec nous. D'où ce beau billet invité dont je le remercie.


"Mais considères-tu que les internautes ont trois ans d'âge mental ?" me demande un ami. Je commence par lui répondre que ce n'est pas infamant d'avoir trois ans d'âge mental ! Des chercheurs en ont apporté la preuve : l'intelligence des enfants, bien que différente de la nôtre, est considérable. Un adulte sait planifier, anticiper, se concentrer. Un enfant, lui, excelle dans l'art d'imaginer, d'explorer, de détourner, d'improviser, de s'approprier les objets et les événements de la vie quotidienne. Un adulte sait mettre en oeuvre les moyens nécessaires pour atteindre un but qu'il s'est fixé sous des contraintes d'efficience et d'efficacité – non sans rigidité. Un enfant, dans son apprentissage et sa découverte du monde, échappe plus facilement aux routines enfermantes et aux idées reçues – avec souplesse et agilité. En d'autres termes, un adulte est un bon exécutant, un enfant est un excellent innovateur.

Mais l'entrée dans l'âge adulte est-elle irréversible ? "La plus puissante des muses, c'est notre enfant intérieur" a un jour déclaré le musicien et improvisateur Stephen Nachmanovitch, rappelant cette idée commune : en chacun de nous sommeille un enfant, celui que nous avons été au début de notre vie, qui ne disparaît jamais tout à fait – et que nos expériences avec les services et produits du Web peuvent nous permettre d'éveiller à nouveau. Vous avez bien lu : les nourrissons et les petits enfants sont un excellent benchmark pour les professionnels du Web. Et c'est une contrainte vertueuse, pour les professionnels de la conception, du design et du marketing en ligne, que de se demander comment un enfant recevrait et s'approprierait leur proposition de valeur.

mardi, juin 21, 2011

Croissance, innovation, régulation à l'ARCEP


Ci-après le texte de mon intervention au colloque de l'ARCEP "Croissance, innovation et régulation". C'est la retranscription d'une intervention orale, mais elle synthétise bien certaines prises de position récentes, et permettra de prolonger le débat sur les nouveaux barbares.


Éric Le Boucher :

Merci. Dernier intervenant, Henri Verdier. Alors non seulement, nous sommes dans des grands
systèmes complexes et en plus, l’innovation d’aujourd’hui n’est pas celle d’hier. C’est une
innovation de rupture.

Henri Verdier :

Absolument.
Grâce à Dieu, je ne suis pas en charge de régulation, car c’est quand même une question bien complexe... Et grâce à Dieu aussi, je suis président d’un pôle de compétitivité qui voit des centaines d’entrepreneurs qui sont innovants, qui sont audacieux, qui sont dans cette nouvelle économie numérique.
Ce dont je voudrais vous convaincre ce matin, c’est qu’on est entré dans un nouveau régime de
l’innovation, que ses codes ne sont pas tout à fait les mêmes que ceux qu’on a pu connaître,
que peut-être les élites constituées françaises ne sont pas tout à fait dans ces codes et qu’un
des grands soucis du régulateur devrait être au moins de ne pas empêcher ces stratégies
d’innovations-là.

Dans un nouveau régime d’innovation. Je vais rappeler des choses qui sont connues mais qu’on
réoublie quand on fait du droit ou de l’économie.
D'abord, on vit la révolution technique la plus rapide de l’histoire : la vitesse d’appropriation par le
grand public des technologies numériques dépasse tout ce qu’on a connu sur la télévision, la radio
et toutes les ruptures précédentes.
Deuxièmement, on vit une révolution économique considérable. McKinsey nous a appris
récemment que 25% de la création net d’emplois en France depuis 15 ans vient d’Internet, que
25% de la croissance française vient d’Internet. Or, Internet, c’est une toute petite partie de la
transformation numérique. La transformation numérique aujourd'hui c’est une transformation de la santé, de l’éducation, de l’urbanisme, des transports, etc.
Et troisièmement, sinon je crois qu’on rate le sujet, nous sommes nombreux à avoir analysé que
nous vivons un phénomène qui ressemble beaucoup à la révolution industrielle. C’est-à-dire que
sur un fond de rupture technologique et économique, c’est une société qui se réorganise. La
révolution industrielle, c’est la révolution du charbon et de l’acier qui appelle un certain état du
capitalisme, une certaine organisation du travail, un certain urbanisme. Il va en être de même, on
va repenser la manière de vivre ensemble à travers cette révolution numérique.

jeudi, février 17, 2011

Ma "big interview" dans Technikart

En décembre dernier, le magazine Technikart a publié la "big interview de Henri Verdier" dont Cap Digital a mis en ligne une version PDF. Mais le texte n'est pas encore disponible sur la toile. Or, à la relecture, ce dialogue avec Olivier Malnuit couvre une grande part des problèmes économiques et sociaux qui brident encore le développement de cette industrie. C'est pourquoi je suis heureux de le partager avec vous.

Henri Verdier, il y a dix ans, les start-up croulaient sous les investissements. Aujourd’hui, l’Etat réduit leurs aides fiscales et c’est le tollé… On a un problème avec « l’économie innovante » en France ?
On n’a jamais eu tellement d’argent pour les PME innovantes en France, mais il y a pire : l’école nous apprend à craindre l’échec, les grandes entreprises hésitent à passer des contrats avec de petites structures, les capitaux-risqueurs investissent avec prudence, notre marché national « moyen » permet aux PME de se développer sans réfléchir sérieusement à l’international (ce qui n’est pas le cas, par exemple, en Israël ou en Finlande). Quant à la proximité sociologique entre les grandes entreprises, la haute administration et le pouvoir politique, elle crée un climat général de méconnaissance complète des PME par les élites. D’une certaine manière, c’est la société française qui handicape ses entreprises innovantes.

Vous croyez ?
Ici, la confiance est un actif qui se conquiert lentement. Aux Etats-Unis, c’est un actif de départ qui se conserve ou se perd. C’est toute la différence.
Je ne suis pas pessimiste pour autant : nous sommes un pays ultra-créatif, très curieux d’innovation, et nous avons un nombre croissant d’entrepreneurs qui comprennent les ficelles. Le jeu vidéo, par exemple, est une industrie dont le marché est entièrement mondial et où la France excelle. Mais disons que nous partons de loin.

Que va-t-il se passer, d’ici quelques années, si on n’aide pas plus les « jeunes entreprises innovantes » ?
Le plus impressionnant avec la révolution numérique, c’est qu’elle est presque entièrement portée par des startups. Ni le web, ni Google, ni la messagerie instantanée, ni les réseaux pair à pair, ni les réseaux sociaux n’ont été inventés par des grands groupes. Aux Etats-Unis, en 2009, 100 % des emplois créés l’ont étés dans des entreprises de moins de 5 ans.
La valeur de ces innovations vient très souvent des utilisateurs eux-mêmes, les nouvelles stratégies tentent de stimuler et de capter leur créativité. Et ces formats d’innovation gagnent aujourd’hui d’autres secteurs comme la pharmacie ou l’automobile.
Si notre pays ne croit pas sérieusement au potentiel d’innovation de ses PME, il deviendra un pays industriellement marginal. C’est comme si en 1900, on avait renoncé au cinéma, à l’électricité, à l’aviation, au rail ou à l’automobile. Pire, en perdant la capacité de produire des objets ou des services grand public, notre pays perdra aussi la maîtrise de son destin culturel.

Comment ça ?
Regardez comment s’habille un ado et ce qu’il possède comme objets : rien n’est français ou presque. Regardez quels sont les dix produits de grande consommation les plus achetés hors alimentation. Rien de français. Nous fabriquons des TGV et des centrales nucléaires, mais nous n’entrons pas dans l’intimité des gens. L’intimité est façonnée par les produits d’autres cultures... Un pays qui ne parle plus au grand public est un pays qui décline. De ce point de vue, je pense que nous accumulons les erreurs depuis des décennies.

Quel rôle peuvent jouer les pôles de compétitivité ?
Les pôles de compétitivité associent des entreprises, des chercheurs, des collectivités locales et l’Etat pour cultiver des écosystèmes innovants. Ils jouent un rôle croissant. Cap Digital, par exemple, travaille avec acharnement à soutenir les projets de recherche structurants, à accompagner les créateurs, à faire émerger un écosystème dynamique et ambitieux (…). Mais il ne faut pas être dupe. Un pôle de compétitivité, c’est une association (17 permanents pour Cap Digital – parfois moins), beaucoup de bénévolat et d’enthousiasme : c’est essentiel, mais ça ne suffit pas. Il faudrait un changement bien plus vaste. Il faudrait du temps et des moyens pour faire un travail de fond. Il a fallu un quart de Siècle pour faire de Séoul, ou Rio, ou Boston de grandes places d’innovation.

Quel sera le gros virage technologique de ces quatre prochaines années ?
Vous vous rendez compte que Foursquare a explosé en 2010 ? Twitter en 2009 ? Facebook en 2008 ? Youtube en 2006 ? Dans ce secteur, raisonner sur quatre ans, c'est déjà parler à long terme.
Mais si vous souhaitez vraiment vous lancer dans la prospective, je dirais qu’il y a d’abord des flux d’innovations qui vont conditionner toutes les autres, notamment le web social, le cloud  et le datamining…

lundi, février 14, 2011

Big Data : comment faire du neuf avec du neuf ?

C'est toujours pareil avec l'innovation. On commence par lui demander d'imiter l'ancien.
Parfois, cette absence d'imagination suffit à éteindre une technologie prometteuse. Parfois, c'est une phase transitoire qui débouche ensuite seulement sur les grandes créations.

Cela fait près d'un an que nous travaillons à l'analyse de grands corpus de données relationnelles. On commence à être à l'aise dans leur extraction, leur clusterisation, leur analyse, la modélisation de certains phénomènes, le filtrage social, les moteurs de recommandation ou la datavisualisation... On a eu fait quelques missions captivantes et quelques résultats insoupçonnés...

Mais je ne peux m'empêcher de penser que nous, nos concurrents, nos clients ou nos partenaires, nous passons encore à côté des vrais enjeux. Nous n'avons pas encore trouvé les questions qui mériteraient d'être posées aux masses de données désormais disponibles.

C'est toujours l'histoire du génie dans la bouteille. Si vous aviez trois voeux à formuler, vous commenceriez par quoi ?

La plupart des usages actuels des "big data" tiennent en quelques catégories : prédire l'évolution d'un phénomène, détecter un noeud particulièrement stratégique, repérer des corrélations pour optimiser une stratégie (notamment marketing), organiser une communication virale, mieux cibler, mieux appareiller, mieux relier....

Ces usages ne sont certes pas insignifiants. Sans doute même vont-ils révolutionner le marketing du futur. Sans doute seront-ils essentiels aux futures stratégies de sécurité. Sans doute permettront-ils l'avènement des "villes intelligentes", de la "maison intelligente", du "transport intelligent" (même si "optimisé" me semblerait un qualificatif préférable à "intelligent"). Mais ils me semblent ancrés dans la vision d'un monde qui ne serait que le prolongement du nôtre, avec simplement une puissance de calcul et des masses de données accrues.

Les craintes - légitimes - exprimées face à cette révolution sont également fondées sur d'anciennes représentations. On nous ressert "big brother" à toutes les sauces, c'est-à-dire l'idée qu'on saura tout sur chacun. Mais c'est là encore une crainte fondée sur des représentations anciennes. C'est la police du Tsar qui cherchait à tout savoir sur chacun. Le pouvoir s'est fait plus subtil, plus euphémique, plus manipulateur. Il s'est fait biopolitique, et peut-être même infopolitique depuis cette époque. Il s'est fait Spectacle, et plus encore depuis cette époque. Il n'a vraiment plus besoin de tout savoir sur chacun. Les contre-pouvoirs eux-mêmes se cherchent des formes sans centre, comme l'ont en partie illustré les événements en Tunisie et en Egypte.

lundi, février 07, 2011

Open data, numérique, startups : l'administration Obama accélère

Est-ce un retour aux fondamentaux après la claque des Mid-terms ? Une stratégie d'alliance avec le monde numérique en préparation de 2012 ? Ou tout simplement une stratégie de relance économique pour accélérer la sortie de crise ? Une tentative de riposte à la puissance montante de la Chine ? Toujours est-il que depuis ce Discours sur l'état de l'Union et son fameux "This is our generation's Sputnik Moment ", l'administration Obama semble avoir enclenché deux ou trois vitesses supérieures en matière de recherche, d'innovation et d'entrepreneuriat.

Le "Sputnik Moment", c'est ce moment où l'Amérique de Kennedy, traumatisée par le premier succès spatial soviétique, décida de lancer à son tour un vaste programme spatial, qui allait culminer avec le conquête de la Lune, mais allait aussi inaugurer un cycle d'innovation sans précédent - à l'origine, entre autres, du développement accéléré de la Silicon Valley. Ce fut aussi un investissement inouï dans l'enseignement des sciences, visant à la fois la restauration des filières scientifiques et la pédagogie, qui allait notamment assurer le succès des méthodes Hands on que nous avons retrouvées en France avec La Main à la pâte.

Bref, en quelques semaines, nous venons d'assister à l'explosion d'une ambition sidérante en matière d'innovation : éducation, encouragements fiscaux, allègements de charge, assouplissement des visas de travail, politique d'opendata... Rien ne semble négligé. On retrouve le souffle perdu du Stimulus package qui devait marquer le mandat d'Obama et répondre à la crise.

Cette détermination semble ancrée dans un constat répété à l'envie depuis quelques semaines. Les startups ont créé quarante millions d'emplois aux Etats-Unis ces trente dernières années. Comme le dit Obama dans le discours de l'Etat de l'Union :

      The first step in winning the future is encouraging American innovation.  None of us can predict with certainty what the next big industry will be or where the new jobs will come from.  Thirty years ago, we couldn’t know that something called the Internet would lead to an economic revolution.  What we can do -- what America does better than anyone else -- is spark the creativity and imagination of our people.  We’re the nation that put cars in driveways and computers in offices; the nation of Edison and the Wright brothers; of Google and Facebook.  In America, innovation doesn’t just change our lives.  It is how we make our living.  (Applause.)
      Our free enterprise system is what drives innovation.  But because it’s not always profitable for companies to invest in basic research, throughout our history, our government has provided cutting-edge scientists and inventors with the support that they need.  That’s what planted the seeds for the Internet.  That’s what helped make possible things like computer chips and GPS.  Just think of all the good jobs -- from manufacturing to retail -- that have come from these breakthroughs.

mardi, décembre 07, 2010

Faut-il bâtir une filière de l'innovation ?

Il y a un sujet, d'apparence technique, que je voudrais partager avec mes lecteurs. Il porte sur la politique industrielle française.

Ayant découvert, ces dernières années, l'efficacité de la "coopétition", le gouvernement encourage désormais différentes formes d'organisation industrielle impliquant les acteurs, grands et petits. C'est plutôt bien, naturellement.


C'est ainsi que les Etats Généraux de l'Industrie qui se sont tenus l'année dernière ont abouti à la mise en place d'une politique de filières, 11 filières parmi lesquelles les technologies de l'information, de la communication et des services.


C'est ainsi aussi que le Commissariat général aux investissements d'avenir (le "Grand emprunt") a annoncé la création de quelques "Instituts de recherche technologique" et vient de lancer un appel à propositions.

C'est ainsi, enfin, que l'aménagement du plateau de Saclay est en passe de devenir le fer de lance de la politique industrielle française. C'est-à-dire une politique (intéressante au demeurant) de concentration de forces d'enseignement et de recherche, mais loin des publics, loin des créatifs, loin des lieux de rencontre et d'ébullition.

vendredi, novembre 26, 2010

Aides à l'innovation : le grand recul

Je vais bientôt reprendre le fil de ce blog, notamment pour ne pas lasser ceux de mes lecteurs qui s'intéressent surtout à la création numérique et à la transformation sociale. D'autant que je rentre d'un voyage passionnant à San Francisco avec le Think Tank Orange Institute et que ça va me faire beaucoup de choses passionnantes à raconter. Il faut juste que je mette mes idées et mes notes en ordre.

Nous n'avons pas gagné beaucoup sur le projet de loi de Finances 2011. Quelques ajustements, mais globalement, la perte de financements pour l'innovation va se chiffrer en milliards. Nous allons nous battre jusqu'au bout (les présidents de pôles mondiaux rencontrent Eric Besson lundi), mais on connaît maintenant les grands équilibres.


mardi, novembre 02, 2010

Modifier le statut des jeunes entreprises innovantes serait une grave erreur de politique industrielle

Ci-joint mon interview à l'AEF parue ce jour. On va dire que je me répète, mais cette affaire est vraiment consternante.

« Le statut de JEI (jeune entreprise innovante) (1), créé en 2004, est sans doute aujourd'hui le dispositif qui produit le plus d'emplois par euro investi », déclare à AEF Henri Verdier, président du pôle de compétitivité Cap Digital et président du directoire de la jeune entreprise innovante MFG-R&D, le 28 octobre 2010. « Modifier le statut des JEI serait une grave erreur de politique industrielle de la part du gouvernement, dans un pays où plus de 60 % des créations d'emplois sont dans les PME », poursuit-il, commentant ainsi la volonté de certains parlementaires de vouloir amender ce dispositif lors de l'examen du projet de loi de finances 2011.


jeudi, octobre 21, 2010

Il y a aussi des bonnes nouvelles

Il y a aussi des jours on a de bonnes nouvelles.

Puisque l'heure est aux PME innovantes, on vient d'apprendre que l'université de Tokyo a acquis 30 robots Nao pour former ses étudiants en mécatronique. Et pas n'importe qui puisqu'il s'agit tout simplement du célèbre professeur Yoshiko Nakamura, qui déclare sur son blog : « Nao est une incroyable plate-forme pour l’enseignement de la robotique. Il dispose d’énormes possibilités d’interactions et d’un système logiciel ouvert. ».
Qu'on enseigne la robotique au Japon avec les robots développés à Paris par Aldebaran, ça fait chaud au coeur. Surtout quand on connaît l'importance de cette industrie au Japon.

Bravo

Hier soir, l'Assemblée nationale n'a pas sabré le crédit d'impôt recherche autant que ce que demandait la commission des Finances. Quelques ajustements de bon sens pour empêcher les abus, et l'essentiel du dispositif qui est sauvegardé. C'est bien.

Reste à savoir si les mesures qui frappent spécifiquement les PME innovantes (affaiblissement du statut de JEI, baisse des exemptions fiscales pour les investissements sur les PME) seront elles aussi corrigées. Réponse au 4 novembre. Continuons la mobilisation (pour info : le groupe Facebok comprend 834 personnes ce soir. Et pas des manchots).