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lundi, avril 20, 2015

Big data : du nouveau dans l'ordre symbolique ?


Et si les données restructuraient aussi nos inconscients ?

La question peut sembler étrange, mais regardons un peu le quotidien d'un adolescent d'aujourd'hui...

Sortant du Lycée, Jacques prend son smartphone et trouve un Autolib disponible puis identifie, près de sa destination, une station de dépôt où il réserve une place libre. Par sa requête, il enrichit le système informatique qui permettra de mieux encore répartir les Autolib pendant que quelques urbanistes, qui ont accès aux données diffusées en open data, se passionnent pour la sociologie des déplacements des parisiens. Jacques n’en a cure : il calcule rapidement un itinéraire sur Googlemaps et accepte la proposition de Google d’envoyer un SMS à son amie pour lui annoncer son heure d’arrivée au café Signes. Pendant le trajet, son petit appareil Fitbit - ou quelle qu’en soit la marque - mesure sa dépense énergétique et enrichit les informations pour le « coach électronique » qui l’accompagne dans son programme personnel. Au passage, son terminal étant connecté à son Smartphone, il enrichit l’interface de stockage de ses données de santé, il ne sait pas trop pourquoi mais ça servira bien un jour. Arrivé au café Signes, il fait un « check » sur Foursquare, ce qui donne envie à deux autres amis d’attraper un UberPop qui passait dans les parages et allait dans la bonne direction et de les rejoindre pour une belle soirée printanière. Ensemble, ils décident d’aller au Cinéma : Cinémur (désormais Ciné-Loisir), en analysant les comportements de leurs amis sur Facebook va leur proposer le film le plus populaire dans leur cercle d’amis. Au passage, notre lycéen va signaler sa soirée sur Facebook, enrichissant ainsi d’autres applications d’analyse prédictive. Un rapide coup d’œil que sa « timeline » pour voir les informations ou vidéos partagées par ses propres amis. Moins de 12 %, en fait, de tout ce que partagent ses amis, 12 % qui ont été déterminées par un algorithme visant à pousser les utilisateurs  à rester le plus longtemps possible sur la page. Les vidéos les plus burlesques sont nettement favorisées, on s'en doute. Et le coup de mou du camarade de lycée risque de passer inaperçu.

samedi, juin 25, 2011

Antonio Negri, le travail immatériel et la Révolution numérique

Je suis heureux de partager avec vous une réflexion vigoureuse qui vient brillamment éclairer les expériences que nous venons de vivre pendant les dix journées de Futur en Seine.


Je n'avais pas encore lu Toni Negri, l'auteur du monumental Empire,  l'un des papes de l'altermondialisme, dont Peter Sloterdijk fait quelques citations remarquables. J'avais remarqué qu'il était proche de Yann Moulier Boutang dont l'intervention m'avait marqué, mais je ne m'y étais pas vraiment plongé.


Aussi, quand j'ai découvert la réédition par l'Herne de certaines de ses conférences, sous le titre Traversées de l'Empire, j'ai décidé que c'était une bonne occasion de combler cette lacune.

Au milieu de cet ouvrage, qui est plutôt un texte de philosophie politique, d'influence marxiste, à l'heure où la classe ouvrière est devenue multitude et où le pouvoir se fait impérial, j'ai trouvé un passage extrait d'une conférence donnée par Toni Negri et Michael Hardt (le co-auteur d'Empire, en 2004), à la East China Normal University de Shangaï et à la Tsinghua University de Benjing, sous le titre "Une politique post-socialiste dans l'Empire".


Ce passage éclaire tellement la transformation numérique en cours que je ne résiste pas à en partager ici quelques extraits :

vendredi, février 22, 2008

La Colère comme moteur de l'action politique

À n’en pas douter, Peter Sloterdijk est l’un des plus stimulants philosophes contemporains.

Par ses questions, ses sources de réflexion et sa méthode, il est essentiellement moderne. Dans chaque ouvrage, il éclaire d’un jour nouveau une situation actuelle dont on n’avait qu’un sentiment intime et informulé, puis propose des concepts qui en modifient durablement la perception.

mercredi, mai 30, 2007

Dans le même bateau




Peter Sloterdijk est un philosophe et écrivain allemand contemporain. Sa réputation parfois sulfureuse, surtout depuis la publication des Règles pour le dressage du parc humain ne doit pas dissimuler un esprit authentiquement novateur, s’emparant des problèmes contemporains avec une audace et un décalage de point de vue des plus féconds. Sloterddijk doit être lu pour ce qu’il écrit, et non pas pour les polémiques médiatiques ni pour son apparence romanesque.
Dans le même bateau propose, dans une manière bien allemande que l’on retrouve par exemple chez Hans Jonas (Le Concept de Dieu après Auschwitz), une sorte de parabole, de genèse fictive, d’histoire imaginaire de l’humanité qui permet de forger des concepts éclairants et de répondre à la question : du « dégoût que la société actuelle éprouve pour sa classe politique ».
La réponse de Sloterdijk tourne le dos aux explications philosophiques ou sociologiques pour proposer, à mille lieues des commentaires journalistiques habituels, une réflexion fondée sur ce qui fait appartenance, ce qui fait que les groupes humains tiennent ensemble et la manière dont cette cohésion fonctionne.

Cette histoire (imaginaire, une fois encore) des modes d’être ensemble distingue trois étapes, racontées selon une métaphore marine : l’âge « paléopolitique » serait celui de petites communautés (des clans) « dérivant sur des radeaux ». La seconde période (celle de la politique « classique » serait celle de la « navigation côtière » de navires souverains obéissant à l’ordre disciplinaire et aux idées de grandeur. Le troisième âge, dans lequel nous serions entrés, serait celui de « gigantesques super-ferries, quasiment ingouvernables en raison de leur taille monstrueuse et sillonnant un océan de naufragés ».