vendredi, juin 05, 2009

Ce Monde que nous allons bâtir

(Interview au Figaro du 5 juin 2009)








TRIBUNE - Henri Verdier est le président du Conseil d'administration de Cap Digital, le pôle de compétitivité des contenus et services numériques. Il présente Futur en Seine, une nouvelle manifestation qui a vocation à devenir une «biennale du numérique».





Nous n'avons encore rien vu.
Les technologies de l'intelligence se répandent, quittent les écrans, relient des dizaines d'objets non électroniques, se personnalisent, se géolocalisent. Bientôt, elles quitteront les objets eux-mêmes pour investir le monde entier. L'écran va disparaître pour faire place au tridimensionnel, à l'interaction de machine à machine comme dans les moteurs de recherche, ou d'humain à humain comme dans les réseaux sociaux.


Les trente glorieuses, grâce à des technologies d'avant-guerre (pétrole, électricité, chimie, transports), avaient bouleversé nos façons de vivre : urbanisme, loisirs, commerce, santé, sécurité, environnement, politique, information...
Il ne faudra pas vingt ans pour que le numérique permette des transformations plus grandes encore. Pour la première fois dans l'histoire, en effet, les technologies touchent à l'intelligence même : mémoire, calcul, simulation, communication. Le quotidien devient, sous nos yeux, un mélange d'interfaces physiques et numériques. La ville se connecte au réseau global dont elle devient le cœur vivant.
Si nous le souhaitons, les nouveaux services urbains seront personnalisés et géolocalisés tandis que la réalité sera «enrichie» et «augmentée» par des interfaces innovantes et des gestes artistiques audacieux.
Certes, nous risquons, si nous n'y prenons garde, les manipulations, le désenchantement, ou des formes subtiles de contrôle social.
Mais nous avons aussi le moyen d'inventer de nouvelles règles de vie en commun, de nouvelles formes de participation citoyenne, de nouvelles interactions avec l'environnement, un développement véritablement durable.
Le mouvement s'accélère: il n'a pas fallu cinq ans à l'iPhone, aux blogs à Facebook ou même à la TNT pour susciter de nouveaux usages et bouleverser l'économie de leurs secteurs. Il ne faudra pas cinq ans pour que les puces RFID, les avatars intelligents, les lecteurs ebooks ou les robots personnels deviennent des objets familiers.
De toutes ces transformations, il faudra faire la synthèse. Pour dépasser la technologie, et même l'innovation et atteindre la dimension du progrès, il faudra une création partagée par chercheurs, les artistes et les entreprises, et surtout les citoyens, dans un projet collectif.
C'est pour cela que se tient, depuis le 29 mai, dans toute la région Ile de France, la plus importante manifestation numérique mondiale à être entièrement publique et gratuite : Futur en Seine. Lancée par Cap Digital, le pôle de compétitivité des industries de la création, cette manifestation a été soutenue de manière déterminante par le Conseil régional d'Ile de France, par la ville de Paris et par de nombreux partenaires publics et privés.
» L'inauguration de Futur en Seine (vidéo fournie par Futur en Seine) :

Ce festival d'un nouveau genre, technologique, prospectif, festif et expérimental a mobilisé plus de 400 interventions, sur 45 sites, pendant 10 jours.
Il répondait à trois convictions qui élargissent un peu la vision traditionnelle du développement économique
-le potentiel de la région parisienne est considérable . Mais pour prendre corps, et se transformer en excellence internationale, un tel potentiel doit s'appuyer sur une dynamique collective et une vision partagés ;
-une troisième révolution industrielle est en cours : la création de valeur est désormais partagée entre l'industrie et les utilisateurs. L'ère de l'entreprise omnisciente et du consommateur passif s'achève. Les succès d'après la crise viendront d'entreprises qui auront su s'allier à leur public et co-concevoir avec lui les services et usages innovants.
-le public, enfin, a l'envie, la compétence et surtout le droit définir ce que nous attendons du futur. Il s'empare avec passion de ces débats, conscient que le progrès technologique n'apportera pas automatiquement des progrès de vie et que c'est à chacun désormais de contribuer à forger un nouveau quotidien.
Chacune de ces conviction à elle seule justifiait cette rencontre entre professionnels et les citoyens.
Avec enthousiasme, les entreprises, les chercheurs, les élus, le public et les médias se sont donc emparés de ce projet. Futur en Seine a permis d'attirer des professeurs du MIT, des chercheurs européens, des clusters industriels étrangers, plus de 1000 professionnels au Festival Dimension 3, plus de 35 colloques et conférences.
Ce fut aussi l'occasion d'assister à la première captation et diffusion en 3D en direct au monde, qui a permis à un public ravi d'assister depuis la Géode au Don Giovanni que donnait l'opéra de Rennes. Ce furent des expériences de réalité augmentée ; d'information touristique géolocalisée ; de cartographie urbaine collaborative ; une montre verte ; la communication des émotions et bien d'autres innovations qui seront sous peu des expériences quotidiennes.
Et surtout, ce fut l'occasion de rencontrer des citoyens curieux, attentifs, impliqués, exigeants, qui ont interrogé les professionnels, qui ont choisi ce qui les intéressait, qui ont dit ce qu'ils attendaient du futur.
Il y a un siècle, les bâtisseurs du Grand Palais proclamaient : «l'avenir sera fait des outils que nous avons forgés». Ils avaient ce mélange d'ambition et d'humilité, de curiosité et de foi dans le progrès qui déplace des montagnes.
Futur en Seine est bien loin des 60 millions de visiteurs de l'exposition universelle de 1900. Mais il ,a rencontré un public avide et passionnant. Le succès de cette première édition montre que la braise couve toujours sous la cendre et n'attend qu'un souffle pour reprendre.
http://www.futur-en-seine.fr

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