mardi, décembre 15, 2009

Grand emprunt : le numérique est pris au sérieux. Est-il compris ?

Le président de la République a aujourd'hui rendu public ses arbitrages concernant le Grand emprunt.

Sur un sujet sur lequel nous avons été largement consultés, et apparemment entendus, on ne va pas faire les difficiles : ces arbitrages, très fidèles à l'esprit du rapport de la Commission, vont plutôt dans le bon sens.

Sans me prononcer sur l'opportunité d'un emprunt, je trouve heureux qu'on investisse sur l'enseignement et la recherche, qu'on soutienne les PME de croissance, qu'on encourage la transformation industrielle, qu'on s'applique à faire advenir un développement durable. Je me réjouis surtout que l'on consacre un effort exceptionnel au numérique : 4,5 milliards pour les réseaux, les contenus et les usages. C'est sans précédent dans notre pays.



Les grands équilibres sont là et l'on pourra travailler avec cette épure. Michel Rocard, Alain Juppé, NKM et quelques autres ont bien travaillé.

Je trouve juste qu'après tant de retouches émanant de tant de fonctionnaires compétents, le projet a perdu le sel de ce que nous réclamions. Une petite musique peine à se faire entendre.

Cette musique, c'est cette conviction simple et nette, qu'une nouvelle société émerge (un nouveau cycle de Kondratieff diraient certains), et que cette société post-numérique doit être pensée dans sa globalité, comme une civilisation articulant harmonieusement les technologies, l'économie, le politique et la société.

On ne peut pas dire que ceci soit interdit dans le projet proposé, mais on ne le trouve pas franchement non plus. Le numérique, qui est le ferment de cette transformation, a certes une belle part, mais il est rélégué dans son chapitre spécifique, comme un silos supplémentaire. L'industrie est encouragée, à bon droit, mais on ne parle pas de ce qu'elle doit devenir dans un monde de réseaux sociaux, de refondation de la confiance, des institutions et du lien et d'économie de l'immatériel. L'innovation sociale, l'ouverture et l'interopérabilité, les mutations de chaînes de valeur sont absents.

Et à petites touches, on sent bien le vieux monde industriel qui pousse sa corne : de gigantesques campus universitaires (je n'ai rien contre) sans approche de l'ouverture et des échanges, ni des écosystèmes de création (plus décevant) ; une attention au cycle complet recherche - innovation - compétitivité (great !) mais pas la moindre allusion à l'innovation ouverte (pas cool). Transport, énergie, urbanisme ou programmes spatiaux du futur (cool), mais sans allusion aux capteurs, senseurs, à l'implication des citoyens...

Tout montre que les politiques industrielles font désormais plus que nous prendre au sérieux, mais ne nous comprennent pas encore tout à fait.

Il va falloir continuer à convaincre.

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