dimanche, février 14, 2010

GoogleBuzz, Facebook, Aardvark : percées croisées dans la bataille du web social

Sacrée semaine quand même pour Internet.

Pendant que Facebook, devenu le quatrième fournisseur de "news" au monde, nous présentait sa nième nouvelle interface, Google nous réservait deux jolies nouvelles :
- l'ouverture au public du service Buzz (une sorte de grand Facebook foutraque construit autour de votre mail et de vos comptes Twitter, Facebook, Blogger et autre - qui déclencha un tel tollé planétaire que la politique de confidentialité était revue dès vendredi) ;
- et l'acquisition de Aardvark, dont la rumeur circulait depuis décembre mais qui fut officiellement confirmée vendredi soir.



Toutes ces nouvelles montrent que le paysage du web n'a pas fini de se reconfigurer à toute allure. Et que certaines stratégies semblent parfois plus proche du dérapage contrôlé que du patinage artistique.

J'avais fait allusion à  la bataille sans merci entre les tenants du web organisé autour des contenus et les tenants du web organisé autour des utilisateurs. Les événements de la semaine montrent combien elle fait rage.

Avec son nouveau statut de puissance de la diffusion de contenus, Facebook aborde des rivages nouveaux et prometteurs.

Devenue source importante d'information, avec des taux de progression à faire pâlir, Facebook offre en outre de nombreuses potentialités pour les éditeurs et les grands médias :
- la possibilité de restaurer une logique de marque auprès des utilisateurs,
- des modèles publicitaires prometteurs,
- et en apparence, un effet sur les audimat des sites moins manipulable puisque résultant de milliards de choix individuels et non pas d'algorithmes inconnus.

Avec GoogleBuzz, Google tente clairement de reprendre une partie ce public.



Difficile de prédire ce que deviendra GoogleBuzz. Pour l'instant ça m'ennuie. L'irruption du chahut social dans l'espace intime et concentré des mails, déjà, c'est un peu pénible. Quand en plus ça donne le sentiment de dévoiler votre vie privée hors de tout contrôle et que ça balance en vrac des infos très mal structurées... personnellement, je n'y crois pas trop. Mais Google est bien capable d'améliorer son produit, d'autant qu'il paraît qu'il représente une percée exceptionnelle dans les services mobiles.

Mais ce qui m'intéresse le plus, c'est Aardvark.
J'ai eu la chance d'en rencontrer le CEO, Damon Horowitz, à l'automne dernier, au cours du programme Orange Institute. Il m'avait fait très forte impression. Apparemment, Damon, quand il ne crée pas Aardvark, fait de la philosophie à Stanford.
Il nous a présenté Aardvark de la manière suivante : 80 % des revenus publicitaires de Google Search proviennent de 5% des requêtes, les plus subjectives. Il semble évident en effet que la publicité accompagnant la question "meilleure pizzeria de Rome" a plus de chances de provoquer un clic que la publicité accompagnant la réponse à "date de parution des Fleurs du mal".
Or, selon Damon Horowitz, de telles questions ne sont pas seulement des questions factuelles. Elles appellent une prise de position, un engagement. D'où l'idée de proposer un service fondé sur le réseau social des individus, et transmettant les questions, ar de multiples moyens, aux personnes les plus susceptibles d'y répondre. Lancé avec deux ingénieurs ayant quitté Google début 2009, la société a rapidement levé 6 millions de dollars, a ouvert son service en septembre et constate aujourd'hui un taux de réponse de 87,7 % en quelques minutes, et une satisfaction de 70,4 %.

 Voici comment il a présenté son projet à la conférence TedxSoMa au début du mois :



Un an après, elle retourne donc dans le giron de Google. Quand n dit que la Silicon Valley est un système dynamique...

Il y a beaucoup à tirer de cette expérience Aardvark. La première est une tentative très innovante de tirer les conséquences de la mise en réseaux de centaines de millions d'Humains et de la connaissance de ce graphe. La seconde est la tentative de mélanger très intimement la réponse humaine et l'analyse informatique. Les fondateurs en attendent visiblement beaucoup, puisqu'ils ont soumis à la conférence WWW2010 un papier intitulé “Anatomy of a Large-Scale Social Search Engine”, réponse, douze ans plus tard au célèbre “Anatomy of a Large-Scale Hypertextual Web Search Engine” par lequel Sergueï Brin et Larry Page signaient la naissance de Google.

La dernière leçon est que le système Aardvark est encore très perfectible. La vision mathématique de détection des personnes susceptibles de répondre est encore bien classique. Je ne serais pas surpris que l'on assiste dans les mois et les  année qui viennent à de nouvelles percées.

Au fond, je suis assez d'accord avec Michaël Arrington pour qui la recherche sociale est dans l'état des moteurs de recherche il y a dix ans : encore bien balbutiante...


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