mercredi, décembre 02, 2009

100 millions de nouveaux étudiants en 15 ans

J'étais invité à intervenir à un intéressant colloque organisé par le Club Réforme et Modernité, d'Hervé Mariton, ce soir, à l'Assemblée nationale.




L'un des intervenants, Pierre Tapie, directeur de l'Essec, a présenté les chiffres suivants :
- il y avait 100 millions d'étudiants dans le monde en 2000
- il y en aura 200 millions en 2015.
- sur les 100 millions de nouveaux étudiants, il y aura 70 millions d'asiatiques dont 55 millions de Chinois et d'Indiens. L'Inde et la Chine construisent deux universités de 20 000 étudiants chacune chaque semaine.

La France fait 1 % de la population mondiale. Elle a environ 270 000 étudiants étrangers. Si elle veut augmenter son nombre d'étudiants à proportion de 0,3 % de l'augmentation du nombre d'étudiants mondiaux, il lui faudrait accueillir 300 000 étudiants étrangers supplémentaires.

Beaucoup d'autres interventions intéressantes mériteraient un billet : Antoine Frérot, directeur exécutif de Véolia environnement, Arnold Migus, directeur général du CNRS (qui a cité une brochette de Prix Nobel qui avaient engagé leurs recherches en désobéissant à leur hiérarchie). Gilles Carrez, rapporteur général de la commission des Finances à l'Assemblée nationale a expliqué son inquiétude devant l'accroissement de la dette publique en rappelant ce chiffre : les dépenses d'investissement représentaient 20 % du budget de l'Etat en 1980, elles sont de 5 % aujourd'hui : la dette, c'est aussi le renoncement à d'autres dépenses. Il se mobilisera donc pour que le Grand emprunt n'alourdisse pas la dette publique et soutiendra des dépenses d'investissement à retour rapide et chiffrable (et donc le financements d'actifs au bilan de l'Etat), ce qui en revanche n'est pas une très bonne nouvelle pour les dépenses de recherche et d'innovation.

mardi, décembre 01, 2009

Les villes digitales

Les sept pôles de compétitivité en charge du Paris Region Innovation Tour (le PRIT) ont décidé cette année d’organiser une table ronde des présidents de pôle consacrée à la ville et au développement durable. C’est un sujet que creusons pas mal à Cap Digital.
J’ai pu constater en revanche que nous avions une manière assez singulière d’envisager la question, sans doute liée aux particularités de notre écosystème, très orienté vers le public.

lundi, novembre 30, 2009

Le devenir média des objets communicants

Jeudi et vendredi, Cap Digital, l’IRI (centre Pompidou) et l’ENSCI-Les Ateliers ont organisé la troisième édition des Entretiens du nouveau monde industriel.

J’aime beaucoup cet événement. Faire échanger sur nos sujets des philosophes de renommée mondiale, des designers, des chercheurs, des PME et des grandes entreprises, devant un public nombreux, attentif et mélangé est assez unique. Et vraiment stimulant.

J’aime que nous réussissions tous ensemble à montrer aux philosophes qu’il y a aussi de l’intelligence dans nos entreprises, aux entreprises qu’il y a de la valeur dans la pensée, et à tout le monde que le design peut incarner des relations, des valeurs, du désir dans des objets quotidiens.

Après une première édition consacrée à l’innovation ouverte, et une seconde consacrée au web social, nous abordions cette année les objets communicants.

Bernard Stiegler m’avait proposé d’intervenir, en essayant d’examiner les conséquences stratégiques pour le secteur des médias de cette nouvelle révolution. Question complexe, que j’ai seulement commencé à aborder dans cette intervention.



Je pense qu’il y a deux idées fortes à retenir :

1- Les medias vont muter à nouveau dans cette révolution de l’Internet des objets. Parce que les médias, contrairement à ce qu’ils pensent parfois eux-mêmes, ce n’est pas seulement de l’information ou du divertissement. C’est même plutôt autre chose. Les médias, c’est du lien social, de l’influence, de la production de consensus sur les sujets importants. Les médias, c’est aussi de la distinction, de l’ordre social, voire du contrôle social. C’est comme ça depuis le début. C’est même en cela qu’ils sont médias : c’est une glu entre les gens qui fait que nous sommes une société.

Et c’est ça qui change le plus, finalement. Avec l’avènement des réseaux sociaux, puis l’interfaçage du web et du monde grâce aux objets communicants, c’est le mode d’être ensemble qui évolue le plus vite. On peut se assurer en se disant qu’on aura toujours besoin d’informations : c’est vrai. Mais ce sont les autres fonctions des médias qui ont changé. Et ça, c’est irréversible. Que m’importe l’opinion d’une intelligentzia quand je connais celle de mon monde social personnel ? Que m’importe la communication institutionnelle quand je peux contribuer à une création collective de savoir ?

2- Cette mutation n’est pas un simple prolongement de la mutation Internet. Elle part dans une autre direction. Les questions industrielles, les points hauts dans la chaîne de valeur, les infrastructures stratégiques sont différentes.

Le monde des médias n’a pas encore digéré la révolution Internet, mais il devrait déjà se préparer à en affronter une autre, différente ?



Certains y verront un coup de massue. D’autres l’occasion de faire un lipfrog, un saut de grenouille, et de franchir une étape.

vendredi, novembre 20, 2009

Les pôles de compétitivité ont surtout besoin de constance

(Interview à l'AEF, 19 novembre 2009)

Les pôles de compétitivité ont « surtout besoin d'une politique qui fasse preuve de constance »

Henri Verdier, président de Cap Digital.
D.R.

« Il ne me paraît pas nécessaire de vouloir trop normaliser les pôles », déclare Henri Verdier, directeur de la prospective de l'Institut Télécom et président du pôle de compétitivité francilien Cap Digital, spécialisé dans les contenus numériques. « Ce dont ils ont surtout besoin désormais, c'est d'une politique qui fasse preuve de constance. » Dans une interview accordée à AEF, Henri Verdier fait état des messages que le club des pôles mondiaux a transmis à la commission chargée de définir les priorités à retenir pour le grand emprunt lancé par le président de la République (AEF n°118585). Il plaide notamment pour « libérer les données publiques » afin de pouvoir créer de nouveaux services à valeur ajoutée comme vient de le faire la ville de San Francisco aux États-Unis. Le président de Cap Digital revient également sur les spécificités de l' « écosystème » de son pôle de compétitivité, dont l'ambition est de faire de l'Île-de-France « un lieu de recherche et de création industrielle aussi dynamique et aussi prospère que les meilleurs au monde ».


AEF : Quel regard portez-vous sur la manière dont est menée la politique en faveur des pôles de compétitivité ?

Henri Verdier : Je précise tout d'abord que les pôles de compétitivité mettent en oeuvre une politique publique. C'est la décision d'aborder le développement économique à travers la recherche-développement collaborative, et avec des outils de "community management", au sein de clusters thématiques qui ont la masse critique, la densité, la diversité et le dynamisme permettant d'atteindre l'excellence internationale. Et cette politique est menée avec les acteurs même de ces écosystèmes. Nous ne pouvons que nous en réjouir.
Si l'on pense à la suite, il sera nécessaire, à mon sens, de ne pas trop normaliser les pôles. Chaque pôle doit pouvoir évoluer pour continuer à incarner l'esprit de sa propre communauté. Les évaluations, par exemple, qui sont indispensables pour continuer à progresser, pourraient prendre la forme de « visiting committee », c’est-à-dire une délégation d’experts qui vient sur place plusieurs jours, puis rend un rapport très complet comprenant des critères objectifs, mais aussi par exemple un rapport d’étonnement ou des conseils pratiques.

Il me paraît important, aussi, que l’on ne réduise pas la quête de la compétitivité à la seule R&D : la compétitivité de nos entreprises exige aussi des capitaux, notamment aux deux phases cruciales de leur existence que sont la création puis la forte montée en puissance.

Au fond, même si nos équipes sont toutes saturées et pourraient être étoffées, les pôles de compétitivité ne demandent pas beaucoup plus ni beaucoup mieux que ce qui se fait déjà. Ce dont ils ont surtout besoin désormais, c’est d’une politique qui fasse preuve de constance pour permettre le déploiement de ces communautés.

AEF : Quel message le club des pôles mondiaux, dont Cap Digital fait partie, adresse-t-il à la commission du grand emprunt national ?

Henri Verdier : Le club des pôles mondiaux est un organe de concertation des dix-sept pôles mondiaux. En prévision du grand emprunt, ses membres ont été très sollicités, séparément ou collectivement. Nous nous réjouissons de cette écoute : un emprunt national n'a de sens que s'il oriente durablement l'économie vers une croissance soutenue. Or les pôles de compétitivité se consacrent entièrement à cet objectif. Il serait terriblement regrettable d'utiliser les fonds du grand emprunt pour tenter de soulager ou de sauvegarder provisoirement des modèles déclinants. La France peut légitimement prétendre au leadership dans de nombreux secteurs, notamment numériques. Nous espérons que le grand emprunt nous rapprochera de cet objectif.

AEF : Et en termes de propositions concrètes ?

Henri Verdier : Concrètement, il nous semble que le grand emprunt doit se fixer plusieurs objectifs. La recherche, l'éducation et la formation sont la base même de la société de la connaissance qui se dessine. Tous les investissements qui y seront consacrés ne pourront qu'être bénéfiques, surtout s'ils soutiennent au passage des évolutions urgentes : diffusion des outils et des pratiques numériques dans l'éducation, internationalisation des cursus des étudiants, etc. Nous devons aussi renforcer la logique d'écosystèmes d'excellence et de croissance qu'incarnent les pôles de compétitivité. Dans l'économie moderne, nul n'est une île. Ce sont des « clusters », rassemblant grandes entreprises et PME, recherche et finance, État et collectivités, qui s'affrontent. Même les entreprises les plus internationales veillent à s'implanter dans de tels clusters.

Au sein de ces écosystèmes, nous devons soutenir la croissance des PME qui explorent les nouveaux marchés à très fort potentiel de croissance. Soutenir ces PME ne signifie pas seulement aider leur implication dans la R&D. C'est aussi les capitaliser, par exemple sous la forme de prêts participatifs. Et c'est favoriser leur insertion dans un écosystème où elles interagissent de manière fructueuse avec les grands groupes et la recherche, publique comme privée.

AEF : Le pôle de compétitivité Cap Digital se focalise sur l'économie et la société numériques. Comment le grand emprunt pourrait-il aider à bien positionner la France dans ce domaine ?

Henri Verdier : Il faut soutenir la transformation industrielle en finançant de grandes plateformes d'innovation et de co-création. Les cinq pôles de compétitivité impliqués dans les TIC (technologies de l'information et de la communication) travaillent actuellement à la définition de dix plateformes de ce type qui pourraient permettre de prendre des positions structurantes sur des sujets comme le « cloud computing » [mise en commun des ressources et services informatiques à travers les réseaux], la sécurité des réseaux, la ville durable, etc. Mais le grand emprunt doit surtout permettre à la société et à l'économie françaises de jouer selon les règles du jeu de cette nouvelle économie. Aujourd'hui, les normes et standards, l'interopérabilité des systèmes, les « think-tanks » et fondations capables de produire du sens, les formats des bases de données ou l'ouverture des données publiques représentent des infrastructures aussi essentielles que les infrastructures publiques.

J'insiste particulièrement sur cette question des données publiques : les cartes, le cadastre, les données statistiques démographiques, de pollution, de santé, etc., sont une véritable mine d'or pour la société de la connaissance. Il faut libérer ces données – ce qui ne veut pas nécessairement dire les donner – et les rendre interopérables pour que les entreprises puissent en créer de nouveaux services à valeur ajoutée. La ville de San Francisco vient de le faire à travers le site DataSF. Des dizaines de start-up inventent déjà de nouveaux services à partir de ces données. On pourrait d'ailleurs s'intéresser aussi aux archives des entreprises – notamment des médias – dont on pourrait, de la même manière, se servir pour offrir des services nouveaux plutôt que de les laisser dormir.

AEF : En quoi le développement du numérique peut-il aider l'industrie française ?

Henri Verdier : Le numérique n'est pas un secteur industriel. C'est le moteur d'une transformation globale qui fonctionne comme une culture nouvelle, avec ses opportunités et ses menaces. Il menace notamment les systèmes fondés sur le maintien artificiel de la rareté. Mais il s'avère aussi être un excellent relais de compétitivité pour les grands groupes industriels qui l'utilisent pour renouveler leurs modes de production, leur stratégie commerciale voire leur offre même. Ce n'est pas un hasard si les États-Unis ont récemment décidé de consacrer 17 milliards de dollars aux « smart grids » [réseaux intelligents pour la distribution d'électricité] et 17 autres milliards de dollars à l'interopérabilité des systèmes d'information de la santé. Je pense que la France a tout intérêt à doper de tels sujets. Il me semble aussi que la question du « cloud computing » est fondamentale à la fois pour la compétitivité mais aussi l'indépendance de notre pays.

AEF : Qu'est-ce qui, selon vous, fait la particularité de Cap Digital par rapport aux autres pôles de compétitivité ?

Henri Verdier : Comme chaque pôle, Cap Digital incarne les spécificités de son propre secteur. Les contenus et services numériques, par exemple, se déploient dans un univers économique et technologique qui évolue ultra-rapidement. Nous sommes particulièrement attentifs à la Silicon Valley qui est quand même notre partenaire et adversaire préféré, même si nous regardons aussi d'autres clusters comme Montréal, Séoul, Los Angeles ou Boston.

Par ailleurs, Cap Digital ne s'est pas bâti à partir d'une filière industrielle préexistante. Il rassemble des communautés distinctes d'entreprises franciliennes qui interviennent dans des domaines a priori très atomisés : l'image, les jeux vidéo, le design numérique, les objets communicants, le logiciel libre… La force du pôle est d'avoir permis à plus de 500 entreprises – essentiellement des PME et des TPE – de se regrouper pour mieux travailler ensemble, et ainsi de faire émerger le numérique francilien comme un secteur industriel à part entière. Je suis convaincu que cet acquis perdurera indépendamment même du destin du pôle.

AEF : Comment arrive-t-on à organiser et animer une communauté aussi hétérogène ?

Henri Verdier : C'est d'abord la communauté qui utilise Cap Digital pour s'organiser. Nous sommes une association. Nous élaborons collectivement notre stratégie et nous élisons nos représentants. Un pôle qui fonctionne bien est l'organe de représentation et d'action collective d'un écosystème. Par ailleurs, le numérique fonctionne vraiment comme une nouvelle culture. Malgré notre diversité, nous nous sommes rencontrés et nous nous sommes compris beaucoup plus facilement qu'on aurait pu l'imaginer. Mais c'est aussi beaucoup de travail. Le pôle est animé par une équipe d'une douzaine de personnes qui se démènent pour fluidifier ce réseau et en faire émerger les projets de R&D.

AEF : A contrario, qu'est-ce qui vous rapproche des autres pôles de compétitivité ?

Henri Verdier : D'une manière générale, je crois que nous partageons tous les mêmes convictions : l'importance de la « coopétition », de la R&D collaborative, des rencontres du privé et du public, la confiance envers le potentiel d'innovation des PME et la conscience de l'importance des grands groupes dans ces écosystèmes. Je crois aussi que les attentes des adhérents aux pôles de compétitivité sont à peu près toujours les mêmes : les PME espèrent bénéficier d'introductions auprès des grands groupes, les TPE cherchent des financements et des clients, les PME de croissance veulent participer aux programmes de R&D aux côtés des grands groupes, les grands groupes sont en quête de nouvelles filières à développer et de sociétés performantes à racheter, et les collectivités territoriales sont ravies de déléguer l'analyse et l'expertise des projets. Les pôles de compétitivité sont en définitive à la fois le terreau et le ciment de tout cet écosystème de croissance.

AEF : Quelles sont vos priorités pour Cap Digital ?

Henri Verdier : Nous voulons réussir collectivement à faire en sorte que, en matière de contenus et de services numériques, la région Île-de-France soit véritablement un lieu de recherche et de création industrielle aussi dynamique et aussi prospère que les meilleurs au monde. Nos chercheurs et nos ingénieurs sont déjà du meilleur niveau mondial. Ceux qui partent dans la Silicon Valley y occupent les meilleures places. La question est de faire en sorte qu'il en aille ainsi des entreprises. Cap Digital ne le fera pas à la place des entreprises. Mais nous pouvons y contribuer, en renforçant les infrastructures et les coopérations, ou en valorisant la reconnaissance internationale de notre communauté.

jeudi, octobre 08, 2009

Le Grand emprunt doit faire entrer la France dans la société de la connaissance

Intervention devant la commission pour l'emprunt national

Crise financière et mutations économiques


La crise financière a frappé un monde économique en pleine mutation : mondialisation, dématérialisation, décentralisation, évolutions du travail, redéfinition des chaînes de valeur, communication ubiquitaire, accélération des échanges, technologies de l’intelligence ont créé, avant même la crise, un environnement en évolution très rapide, saturé d’opportunités et de menaces.

Le numérique est au centre de ces mutations :
· Profondes mutations du secteur des médias (délinéarisation, fragmentation, chaînes de valeur, UGC…) ;
· Redéfinition des secteurs de la distribution (personnalisation, simulation, désintermédiation) ;
· Nouvelle efficacité des approches d"open innovation" « low cost », rendues possibles par les modèles de développement basés sur l’open source, le mash up et les APIs ouvertes (Ce mouvement rend à la fois de nouvelles offres possibles mais en même temps la définition de business model rentable toujours plus difficile en mettant la pression sur les marges) ;
· Mutations de secteurs industriels renouvelés par l’informatique et les télécommunications (transport, énergie, urbanisme, santé…) ;
· Emergence de nouveaux marchés : industries de la connaissance, services personnalisés, etc.

Pour de nombreux analystes, ces transformations économiques sont en outre corrélées à de profondes transformations sociales (incluant de nouvelles aspirations : environnement, développement durable, transparence, participation…) qui, en particulier, affaiblissent durablement les modes de production, de commercialisation et de consommation qui ont caractérisé les sociétés industrielles du XXe Siècle. C’est ainsi que la chute spectaculaire de General Motors marque pour beaucoup la fin d’un certain modèle industriel bien plus qu’une simple conséquence de la crise des subprimes.

C’est pourquoi le « grand emprunt » ne doit pas seulement relancer l’économie, il doit surtout permettre de renouveler les politiques industrielles classiques et d’investir sur la fondation de cette nouvelle donne économique et sociale pour fonder les bases de la prospérité française dans une économie de la connaissance ouverte.

Il doit en particulier s’attacher à trois objectifs :
- Fonder, durablement, une « société de la connaissance »
- Renforcer la compétitivité des secteurs industriels en soutenant leur mutation numérique ;
- Soutenir les secteurs d’hypercroissance pour augmenter durablement la croissance globale ;



1- Faire entrer la France dans la « société de la connaissance »


L’économie de la connaissance n’est pas qu’un slogan. Production, stockage, distribution et chaînes de valeur sont bouleversés dans de nombreux secteurs, en un mouvement qui concerne le corps social dans son ensemble.
Les investissements issus du grand emprunt ne doivent donc pas seulement lancer des chantiers d’avenir : ils doivent contribuer à transformer notre économie pour l’adapter à cette nouvelle donne.
C’est ainsi que nous avons besoin d’investissements permettant de :
- renforcer l’ambition, l’attractivité et le rayonnement des centres de recherche, universités, écoles d’ingénieurs et de faire bénéficier le tissu économique de cette excellence ;
- continuer à soutenir la diffusion du numérique, mais aussi de ses méthodes et de ses valeurs (créativité, travail collaboratif, recherche personnelle, ouverture et interopérabilité) dans l’ensemble du système éducatif ;
- moderniser et numériser l’administration, notamment dans ses rapports avec l’entreprise, non seulement pour accroître la vitesse et l’efficacité de ces services, mais aussi pour leur valeur d’exemplarité.

Tous les investissements qui renforceront la qualité de la recherche et de l’enseignement supérieur, la diffusion des pratiques numériques dans l’Education nationale et l’optimisation des relations avec l’administration seront porteurs de relance, non seulement du fait de leur efficacité directe, mais aussi par leur valeur d’exemplarité.

L’économie de la connaissance se déploie, à bien des égards, comme une culture nouvelle avec des valeurs, des principes et des méthodes qui lui sont propres. Cette culture est riche de potentialités, mais aussi de menaces pour les sociétés et les citoyens. Or, à bien des égards, la source de cette culture est encore américaine. La France, qui avait pourtant joué un rôle pionnier avec des institutions comme la CNIL ou le CCNE semble aujourd’hui absente de ces débats internationaux. Il est essentiel de soutenir l’émergence de débats public et d’élaborations conceptuelles portant sur des thématiques aussi essentielles que l’identité numérique, le statut des données personnelles, les nouvelles formes de valeur économiques, la sécurité et la confiance dans l’économie numérique, etc.

Un soutien au financement de Fondations et Think Tank permettant d’élaborer puis de promouvoir des positions françaises sur les questions centrales à la société de la connaissance semble déterminant.

L’un des principaux aspects de la transformation numérique tient au fait qu’il existe désormais, à côté des infrastructures matérielles, des infrastructures immatérielles, voire « logiques », aussi déterminantes pour la prospérité économique que les infrastructures anciennes : normes, standards, formats de données, bases de données…

Il semble à cet égard essentiel de voire figurer dans ce plan d’investissement :
· L’interopérabilité et l’ouverture des données publiques. La question de la libération des données publiques est devenue essentielle pour les chercheurs et les start-ups : les systèmes d’information (santé, urbanisme, pollution, météo…) représentent aujourd’hui une matière première exceptionnelle pour de très nombreuses entreprises .
· Un effort significatif sur l’implication française dans les débats internationaux de normalisation, standardisation et gouvernance du net, et sur l’établissement de consensus nationaux sous-tendant cette participation .

2- Utiliser le levier numérique pour renforcer la compétitivité


Le numérique, souvent perçu comme un facteur de risque, est un important levier de compétitivité industrielle.

Le plan de relance américain fait ainsi appel au numérique pour passer, avec la même infrastructure physique, d’un réseau énergétique obsolète à un réseau électrique intelligent, auto-organisé, bidirectionnel et hyper-performant (20 Milliards de $ sur le smart grid). De même, il recourt au numérique pour bâtir un système d’information de santé permettant non seulement la mise en place d’une sécurité sociale universelle, mais aussi la création de nombreuses activités à très forte valeur ajoutée (17 milliards).

En France, même si nos infrastructures sont meilleures, un tel projet aurait un impact significatif sur la consommation énergétique globale et sur le déploiement des énergies renouvelables. De plus, nous pouvons rechercher ce type de projets structurants, intégrateurs d’innovations et disruptifs, dans des secteurs où nous avons un réel potentiel de prise de positions de leadership :
· Ecosystème des industries de création et notamment image 3D, jeu vidéo, cinéma, e-learning, serious game ;
· Nouveaux modes collaboratifs d’interaction et de création, télétravail, murs d’écrans
· Maison digitale (économie d’énergie, nouvelles formes de communication, services et médias, lien social),
· Villes intelligentes, posant de manière renouvelée les questions d’urbanisme, de transport, d’énergie, de communications, de mobilisation et de participation citoyenne.
· Services pour la santé (télémédecine, DMP, Medecine 2.0) et plus généralement services à la personne : il est possible, non seulement d’optimiser l’efficacité et la productivité du système de santé, mais encore de créer d’innombrables services à très haute valeur ajoutée sur un marché déjà existant ;
· Transports, route intelligente, véhicule électrique (les TIC joueront un rôle clé dans la gestion de l’infrastructure de recharge/échange de batteries)
· Internet des objets, qui sera une technologie structurante avec des applications dans de nombreux secteurs industriels , commerciaux et pour la maison intelligente , la ville durable
· Internet mobile, avec notamment les services géolocalisés de proximité
· La communication généralisée (mobile, en consommation de média, en parallèle avec toutes les autres applications
· technologies vertes, dans lesquelles capteurs, senseurs et logiciels d’optimisation auront un rôle central.
· Cloud Computing et virtualisation des infrastructures ;

Le grand emprunt devrait, sur plusieurs de ces chantiers essentiels, financer de grands projets de recherche/développement porteurs de ruptures, intégrateurs et structurants, allant jusqu’au déploiement de plate-formes d’innovation et d’infrastructures pérennes.

Ce financement peut prendre la forme de grands projets à objectif ambitieux et intégrateur (infrastructure de cloud computing de premier rang mondial, par exemple), ou de plate-formes de recherche dans l’esprit de certains projets actuellement soutenus par le FUI.

Le financement de ces programmes à travers les fondations pour la recherche semble une excellente option, susceptible de draîner des financements privés au côté de l’investissement public.

Sans préjudice d’autres programmes concernant d’autres secteurs économiques, Cap Digital soutiendrait en particulier le lancement de programmes de recherche collaborative ambitieux sur les secteurs suivant :

- Contenus intelligents, filière image, animation 3D et mediacomputing, avec un effort considérable de formation, en considération du rang de la France dans ces industries et de leur potentiel d’hypercroissance dans les années à venir ;
- Maison digitale, parce que le domicile est aujourd’hui la cellule de base de la société numérique, et qu’un tel chantier intégrerait, autour d’objectifs concrets et porteurs de croissance, les réflexions sur l’information, le très haut débit, l’énergie, le développement soutenable et la communication / citoyenneté ;
- Cité intelligente et durable, parce que seul le numérique permettra d’intégrer, avec une efficacité accrue, les besoins de transport intelligent, d’économies d’énergie, de participation citoyenne, de services géolocalisés et personnalisés qui fonderont demain les « smart cities »
- TIC et santé, parce que le potentiel d’amélioration de la qualité des soins, d’optimisation des dépenses est majeur, parce que le marché est déjà présent et parce que la France va affronter, plus tôt que d’autres pays, la question de la longue vie, mais sera ensuite en position d’exporter nombre de services et de solutions dans le monde entier.
- Internet des objets : parce que cette nouvelle révolution porte un potentiel quasiment infini de services à très haute valeur ajoutée et qu’il n’existe à ce jour aucune position de leadership mondial.

Sur certains projets porteurs d’innovation sociale, il sera important de soutenir la création de plateformes d’intégration des services & usages, pour les tester, les valider et entrer dans une phase de co-innovation avec les usagers. On souhaiterait que le grand emprunt, en dehors d’augmenter des fonds de financement des projets collaboratifs sur le modèle actuel, permette aussi de financer (au sein d’un organisme public pour des questions d’investissement) des plateformes qui ensuite seraient mises à disposition aux partenaires. On peut aussi imaginer des tests en grandeur réelle et plus structurants ( « smart cities »).

Tous ces projets structurants ne pourront se déployer qu’en s’appuyant sur le déploiement effectif et généralisé d’une infrastructure à haut puis très haut débit. Mais il serait regrettable que le grand emprunt se focalise excessivement sur cette question: l'infra structure haut débit existante permet de répondre à un prix très compétitif aux besoins des nouveaux services émergents.

3- Soutenir l’hypercroissance


Au delà de cet indispensable soutien aux secteurs industriels en voie de transformation rapide, il est indispensable, pour atteindre une croissance durable, de positionner une fraction significative des activités de la France sur des secteurs en forte croissance.

Or, les secteurs d’hypercroissance sont rares, et généralement hautement technologiques : énergies renouvelables, environnement, et, naturellement, numérique.
Le secteur numérique est l’un de ces secteurs. Il dépasse largement le cadre de l’Internet. A la rencontre des industries de l’informatique et des télécommunications et des industries de l’information, éducation et divertissement , ilenglobe les contenus digitaux (images, jeux vidéos, services mobiles), le traitement des signaux, de l’information et de la connaissance, la téléphonie mobile et l’ensemble des applications à très forte valeur ajoutée qui se développent autour des capteurs et senseurs, de la géolocalisation et des communications sans contact.
Avec l’augmentation continue de la puissance des puces, l’« informatique » pénètre tous les objets de la vie quotidienne . Quant aux télécommunications, elles concernent désormais toutes sortes de services (personnalisés, géolocalisés, machine to machine) où le numérique ouvre un potentiel de création quasi infini. A la rencontre de ces deux secteurs, les contenus et services numériques représentent 60% des investissements et ont une croissance annuelle de 20 % . D’autres secteurs émergent aujourd’hui, avec un potentiel extraordinaire : internet mobile, services mobiles, internet des objets, robotique, serious game…

C’est pourquoi au Japon, un tiers du plan de relance est consacré à l’industrie des contenus prise au sens global : musique, cinéma, télévision, jeu vidéo, télécoms. De nombreuses initiatives sont mises en œuvre pour pousser les industriels japonais à se regrouper en mettant l’accent sur la double finalité économique et culturelle de cette industrie.

Or, la France a de nombreux atouts dans cette économie : infrastructures, éducation, grandes entreprises très internationalisées, entrepreneurs, fiscalité de l’innovation. Sur de nombreux secteurs, elle a conservé de très bonnes positions dans les télécommunications, le logiciel (notamment le logiciel libre), l’image 3D et les effets spéciaux, les jeux vidéos ou les services mobiles, secteurs qui sont désormais situés sur la ligne de front de la guerre économique.

La région Ile de France est, d’après la Commission européenne, la région d’Europe la plus dense en emplois sur les secteurs numériques, avec plus de 100 000 emplois dans le secteur de l’audiovisuel (soit ½ Hollywood) et plus de 400 000 emplois supplémentaires dans les technologies de l’information et de la communication.

La France a tout le potentiel pour installer durablement des industries solides sur ces secteurs d’hypercroissance.
Les acteurs de la transformation sont généralement les PME, flexibles, mobiles et adaptables. Elles ont besoin, pour réussir, de s’insérer dans un écosystème de croissance, riche en grandes entreprises et en recherche publique et privée, capable de financer leur développement et donc offrant en particulier des possibilités de sortie aux investisseurs.

En structurant ces écosystèmes les pôles de compétitivité sont une première réponse à cette problématique. Il faut maintenant étendre ces méthodes et passer à la vitesse supérieure.

De nouvelles mesures, plus spécifiquement dédiées aux PME de croissance, accélèreraient ce développement :

· Créer des fonds de préamorçage avant de permettre la maturation des projets de création d’entreprise, flécher les exonérations d’ISF prévues par la loi TEPA sur les secteurs technologiques et de croissance ;
· Soutenir les PME de croissance qui ont plus de mal à trouver leurs fonds propres, par exemple grâce à des prêts participatifs à taux préférentiel ;.
· Accélérer la mise sur le marché des innovations des PME, notamment par la commande publique ;
· Poursuivre la structuration des écosystèmes de croissance : faciliter l’accès des PME aux grands comptes et à la commande publique, combler le fossé croissant entre PME et grands groupes et continuer à susciter l’implication de la recherche privée de ces grands groupes, de la recherche publique et des financeurs dans ces écosystèmes. Et avant tout soutenir l’ambition internationale de ces écosystèmes.