mercredi, septembre 21, 2016

Ouvrir la politique

Ce mardi 21 septembre, à New-York,  la présidence française du Partenariat pour un gouvernement ouvert a débuté avec le discours inaugural du Président de la République.

Et aujourd'hui même, à l'instigation de l'équipe d'Etalab, se déroule au Civic Hall de New York un hackathon sur "la boîte à outil de la démocratie". Il prend place dans une séquence de rencontres comme celles qu'organise régulièrement le collectif OpenDemocracyNow en France (notamment le week-end dernier) et qui culminera par une session internationale à Paris en décembre au cours du sommet mondial qui réunira les représentants de 70 pays et d'un millier d'ONG composant l'OGP.

Le programme du sommet vient d'être dévoilé. Après examen ouvert de plus de 770  propositions émanant du monde entier, il réunira près de 150 ateliers et événements, à Paris, pendant trois jours.

Ce travail sur l' "open government" est un engagement de long terme, qui prend place au coeur de la modernisation de l'Etat et de sa transformation numérique.

Qu'est-ce que le gouvernement ouvert ? Si vous interrogez les nombreux membres de l'OGP, vous aurez autant de réponses que de pays et de situations locales.
En cherchant le dénominateur commun de toutes leurs réponses, vous trouverez probablement le triptyque : transparenceconcertation et contribution.


Tous ces citoyens engagés, ces transformateurs de l'Etat, ces responsables associatifs, ces entrepreneurs de la civic tech vous parleront de la  transparence pour combattre la corruption, du droit à l'information des citoyens, ou de l'open data, de la transparence comme levier pour que les opinions publiques rendent les Etats responsables de leurs engagements à la COP 21, ou de la nécessité pour nos sociétés modernes de partager assez d'informations pertinentes pour que chacun puisse prendre son destin en mains.
Ils vous parleront de budgets participatifs, du débat public sur la loi pour une République numérique, d'intelligence collective, de partage des décisions, de l'émergence des civic tech et des aspirations qu'elles suscitent.
Ils vous parleront aussi d'empowerment des associations citoyennes, de l'importance de la base adresse par laquelle la France tente une alliance d'un nouveau genre avec la communauté OpenStreetMap. Ils vous parleront de citoyens qui se mobilisent pour faire reculer la pauvreté ou l'injustice, en créant des collectifs locaux utilisant tous les nouveaux outils numériques. Ils vous parleront de citoyens qui rédigent les compte-rendus des débats parlementaires de leur pays. Ils vous parleront de la protection des donneurs d'alerte, de logiciel libre, de civic Tech, d'Occupy et de Nuit Debout.
Ils ne s'accorderont pas sur une définition univoque de "l'open government", mais qui s'en soucie ? En se mêlant à la conversation, on comprend la profonde cohérence du mouvement : il vise tout simplement la démocratie que cherchent à bâtir les citoyens d'un monde qui a appris à s'organiser avec Internet et le numérique.

De nombreuses traditions convergent vers ce mouvement.

Il y a, dans ce mouvement, la vitalité même de la démocratie, telle qu'elle s'est exprimée très tôt dans les collectivités locales, avec les innombrables traditions qui ont cherché à construire plus d'engagement, d'intelligence collective et de solidarités concrètes : mutualisme, éducation populaire, démocratie directe, démocratie locale, démocratie "liquide", conférenses de consensus. Le gouvernement ouvert, c'est la que se cherchent des sociétés qui se réinventent avec le numérique.

Il y aussi une source "numérique", qui emprunte aux réflexions sur l'open government popularisées par Tim O'Reilly. Il y a une visée cohérente  entre le mouvement open source, l'open data, et désormais l'opengovernment. Il y a cette idée que la révolution Internet a réussi grâce à des principes qui peuvent s'appliquer bien au delà de nos écrans : les stratégies d'ouverture, la collaboration étendue, la décentralisation des systèmes... Tous ces principes peuvent être appliqués à l'intérêt général. Cette ambition est à l'origine même de l'invention de l'informatique individuelle et d'Internet, que la question a toujours été de savoir si la puissance de l'informatique pourrait être mise au service du peuple, des gens, de la multitude. L'histoire du numérique est, et a toujours été, une histoire politique. Elle se poursuit par exemple aujourd'hui dans le mouvement des Makers, et ne cessera de s'inventer de nouvelles frontières.

Pour tout dire, c'est sans doute aussi une nécessité urgente de notre époque. Face à la montée des populismes, à la rupture avec les élites, au désarroi de nombreux citoyens, chacun sent qu'il faut inventer quelque chose de nouveau. Comme l'a dit hier soir le Président de la République : "il ne faut pas tenir la démocratie pour quelque chose de définitivement acquis". Face au raidissement de nos démocraties attaquées dans leur essence même par le terrorisme, chacun sent qu'il va falloir construire une sécurité qui reste démocratique, une résilience  globale de nos sociétés. Et chacun sent que cela exigera un dialogue confiant entre l'Etat et la société civile qui sache faire droit au désir d'engagement des citoyens.
Face aux défis que nous posent le développement durable, les mutations profondes du travail et tant d'autres questions complexes, il va nous falloir mobiliser les intelligences et les énergies, et faire naître une conduite plus collective des affaires collectives.

Ces changements défient la puissance publique qui se trouve ébranlée dans sa manière de travailler, de réguler, ou encore de délivrer le service public. Ils appellent aussi une nouvelle forme d'action publique, capable d'écoute, de travail collectif, de régulations douces, de stratégies technologiques modernes, d'ouverture d'esprit, d'accueil d'une grande diversité de profils, d'acceptation de l'innovation radicale, de transparence, d'intelligence collective, d'élaboration collective des normes et des lois et de vérification collective de leur application.

Personne ne relèvera seul ces défis, et Rome ne se bâtira pas en un jour. Mais dans le monde entier, des millions de citoyens de bonne volonté essayent d'inventer de nouvelles pratiques. Et cette vague-là ne s'arrêtera pas.



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