lundi, février 14, 2011

Big Data : comment faire du neuf avec du neuf ?

C'est toujours pareil avec l'innovation. On commence par lui demander d'imiter l'ancien.
Parfois, cette absence d'imagination suffit à éteindre une technologie prometteuse. Parfois, c'est une phase transitoire qui débouche ensuite seulement sur les grandes créations.

Cela fait près d'un an que nous travaillons à l'analyse de grands corpus de données relationnelles. On commence à être à l'aise dans leur extraction, leur clusterisation, leur analyse, la modélisation de certains phénomènes, le filtrage social, les moteurs de recommandation ou la datavisualisation... On a eu fait quelques missions captivantes et quelques résultats insoupçonnés...

Mais je ne peux m'empêcher de penser que nous, nos concurrents, nos clients ou nos partenaires, nous passons encore à côté des vrais enjeux. Nous n'avons pas encore trouvé les questions qui mériteraient d'être posées aux masses de données désormais disponibles.

C'est toujours l'histoire du génie dans la bouteille. Si vous aviez trois voeux à formuler, vous commenceriez par quoi ?

La plupart des usages actuels des "big data" tiennent en quelques catégories : prédire l'évolution d'un phénomène, détecter un noeud particulièrement stratégique, repérer des corrélations pour optimiser une stratégie (notamment marketing), organiser une communication virale, mieux cibler, mieux appareiller, mieux relier....

Ces usages ne sont certes pas insignifiants. Sans doute même vont-ils révolutionner le marketing du futur. Sans doute seront-ils essentiels aux futures stratégies de sécurité. Sans doute permettront-ils l'avènement des "villes intelligentes", de la "maison intelligente", du "transport intelligent" (même si "optimisé" me semblerait un qualificatif préférable à "intelligent"). Mais ils me semblent ancrés dans la vision d'un monde qui ne serait que le prolongement du nôtre, avec simplement une puissance de calcul et des masses de données accrues.

Les craintes - légitimes - exprimées face à cette révolution sont également fondées sur d'anciennes représentations. On nous ressert "big brother" à toutes les sauces, c'est-à-dire l'idée qu'on saura tout sur chacun. Mais c'est là encore une crainte fondée sur des représentations anciennes. C'est la police du Tsar qui cherchait à tout savoir sur chacun. Le pouvoir s'est fait plus subtil, plus euphémique, plus manipulateur. Il s'est fait biopolitique, et peut-être même infopolitique depuis cette époque. Il s'est fait Spectacle, et plus encore depuis cette époque. Il n'a vraiment plus besoin de tout savoir sur chacun. Les contre-pouvoirs eux-mêmes se cherchent des formes sans centre, comme l'ont en partie illustré les événements en Tunisie et en Egypte.

mercredi, février 09, 2011

Petite contribution au débat sur la constitution du Conseil national du numérique

Comme vous le savez sans doute, après l'annonce par le Président de la République de la Création d'un Conseil national du numérique, Eric Besson, Ministre auprès de la ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie, chargé de l’Industrie, de l’Energie et de l’Economie numérique, a chargé Pierre Kosciusko-Morizet, le fondateur de Price Minister et président de l'ACSEL, de lui remettre un rapport comportant ses préconisations sur les missions, l'organisation et le financement d'un tel conseil.


"PKM" a choisi de lancer une consultation assez ouverte, en demandant des contributions, qui s'annoncent nombreuses, avant aujourd'hui, 10 février. Il devrait remettre son rapport final dès la semaine prochaine.


Consulté, comme beaucoup d'autres, je me suis sérieusement demandé de quoi nous pourrions bien avoir besoin pour remettre nos analyses et nos ambitions au coeur du débat public. Car, ne nous y trompons pas, il y a bien un fossé, peut-être même croissant, entre les acteurs de cette révolution et de nombreux responsables politiques, économiques et médiatiques. Je me suis aussi demandé ce que penseraient nos amis étrangers d'un tel OVNI.


J'arrive finalement à une préconisation, qui n'est peut-être pas complètement celle qui était attendue, mais qui, à mon sens, rendrait un véritable service d'intérêt général.


Note sur une "Fondation pour le développement du numérique"



1-      Ne pas rater la bonne question
Le « numérique », n’est pas un secteur d’activité. C’est un processus de long terme de transformation économique et sociale globale.
A l’instar de la Révolution industrielle, seul phénomène comparable par sa portée et son ampleur, une succession de ruptures scientifiques et techniques, rencontrant les évolutions économiques et sociales, débouche aujourd’hui sur une nouvelle synthèse. Cette synthèse concerne aussi bien les stratégies de création de valeur ou l’organisation économique que l’éducation, la culture, les organisations politiques, la santé, l’urbanisme, le tourisme et même les représentations, les croyances et les pratiques des citoyens.
La transformation numérique est depuis longtemps sortie d’Internet et des ordinateurs. Elle mobilise des technologies aussi diverses que la téléphonie, les réseaux sans fil, la géolocalisation le paiement sans contact ou les objets communicants. Elle sera concernée en quelques années par les nanotechnologies et sans doute les biotechnologies.

lundi, février 07, 2011

Open data, numérique, startups : l'administration Obama accélère

Est-ce un retour aux fondamentaux après la claque des Mid-terms ? Une stratégie d'alliance avec le monde numérique en préparation de 2012 ? Ou tout simplement une stratégie de relance économique pour accélérer la sortie de crise ? Une tentative de riposte à la puissance montante de la Chine ? Toujours est-il que depuis ce Discours sur l'état de l'Union et son fameux "This is our generation's Sputnik Moment ", l'administration Obama semble avoir enclenché deux ou trois vitesses supérieures en matière de recherche, d'innovation et d'entrepreneuriat.

Le "Sputnik Moment", c'est ce moment où l'Amérique de Kennedy, traumatisée par le premier succès spatial soviétique, décida de lancer à son tour un vaste programme spatial, qui allait culminer avec le conquête de la Lune, mais allait aussi inaugurer un cycle d'innovation sans précédent - à l'origine, entre autres, du développement accéléré de la Silicon Valley. Ce fut aussi un investissement inouï dans l'enseignement des sciences, visant à la fois la restauration des filières scientifiques et la pédagogie, qui allait notamment assurer le succès des méthodes Hands on que nous avons retrouvées en France avec La Main à la pâte.

Bref, en quelques semaines, nous venons d'assister à l'explosion d'une ambition sidérante en matière d'innovation : éducation, encouragements fiscaux, allègements de charge, assouplissement des visas de travail, politique d'opendata... Rien ne semble négligé. On retrouve le souffle perdu du Stimulus package qui devait marquer le mandat d'Obama et répondre à la crise.

Cette détermination semble ancrée dans un constat répété à l'envie depuis quelques semaines. Les startups ont créé quarante millions d'emplois aux Etats-Unis ces trente dernières années. Comme le dit Obama dans le discours de l'Etat de l'Union :

      The first step in winning the future is encouraging American innovation.  None of us can predict with certainty what the next big industry will be or where the new jobs will come from.  Thirty years ago, we couldn’t know that something called the Internet would lead to an economic revolution.  What we can do -- what America does better than anyone else -- is spark the creativity and imagination of our people.  We’re the nation that put cars in driveways and computers in offices; the nation of Edison and the Wright brothers; of Google and Facebook.  In America, innovation doesn’t just change our lives.  It is how we make our living.  (Applause.)
      Our free enterprise system is what drives innovation.  But because it’s not always profitable for companies to invest in basic research, throughout our history, our government has provided cutting-edge scientists and inventors with the support that they need.  That’s what planted the seeds for the Internet.  That’s what helped make possible things like computer chips and GPS.  Just think of all the good jobs -- from manufacturing to retail -- that have come from these breakthroughs.

jeudi, février 03, 2011

Dépôt du dossier de l'Institut de la Vie numérique

Cette semaine, nous avons remis la première tranche du dossier de constitution de l'Institut de la Vie numérique. C'est un projet essentiel, qui a mobilisé près de 300 adhérents de Cap Digital depuis de longs mois.

Les IRT sont l'une des initiatives du Grand emprunt, qui souhaite faire naître, en France,  quelques grands Instituts de recherche appliquée, centrés sur des sujets stratégiques, et aptes à irriguer un tissu de grandes entreprises et de PME.

Cap Digital est convaincu de l'importance de tels Instituts.
En effet, si nous avons plaidé, maintes et maintes fois, que l'innovation est affaire d'entrepreneurs, de PME et d'imagination, et qu'elle ne peut pas résulter de démarches trop rigides et planifiées, il n'en demeure pas moins que ces entrepreneurs, grands et petits, ont besoin, pour jouer les premières places, de pouvoir puiser facilement dans un ensemble de compétences de recherche du meilleur niveau mondial, et focalisées sur les sujets clés. En d'autres termes, s'il n'y a pas de Silicon Valley sans entrepreneurs ou VC, il n'y a pas non plus de Silicon Valley sans Berkeley, Stanford ou USC.

Cap Digital rassemble un incroyable réseau de centres de recherche (plus de 55 établissements publics), de grandes entreprises (25) et de PME (7 associations et plus de 650 PME adhérents directs ; 130 PME de moins de 5 ans soit 14 % des jeunes entreprises de l'ensemble des pôles de compétitivité).
Tous sont acteurs de la gigantesque transformation numérique que traverse notre civilisation.
Focaliser une puissance de recherche, au meilleur niveau mondial, sur les sujets clés du numérique d'aujourd'hui, et l'ouvrir à tout cet écosystème, a donc une importance majeure.

mardi, février 01, 2011

MFG Labs en direct de la Strata conference

Aujourd'hui commence, à Santa Clara, la Strata conference organisée par Tim O'Reilly (@timoreilly sur Twitter).
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La Strata Conference est la première conférence de rang mondial sur les Big Data, leur analyse, leur traitement et la manière dont elles seront utilisées pour créer de nouveaux savoirs, de nouveaux services et de nouvelles entreprises.

Le programme de Keynotes est alléchant, jugez en vous même.

Les Workshops portent de doux intitulés comme :
- Make People Fall in Love with Your Data: A Practical Tutorial for Data Visualization and UI Design
- How to Develop Big Data Applications for Hadoop
- Communicating Data Clearly

Nos amis Américains, qui ont le sens de la formule, annoncent un de ces événements qui structurent une décennie, à l'instar de la Web 2.0 conference en 2004. Comme dit l'un des participants sur Twitter : on entre dans un monde où "Code is a a commodity. Data is the new code". Passionnant.

MFG-Labs est à Santa Clara. (MFG-Labs, c'est ma société).

Nous allons essayer de vous raconter ce qu'on verra sur Twitter : @mfg_labs. Le # est #strataconf

Et nous sommes heureux de partager avec vous le Livestream que vous offre l'organisateur :